Enquête américaine – Jour 3 – Partie 1

TROISIÈME JOUR

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Lundi 22 avril 1912.

SOUS-COMITÉ DU COMITÉ AU COMMERCE,
SÉNAT DES ÉTATS UNIS,
Washington, D.C.

     Le sous-comité s’est réuni à 10 h 30, à la suite de son ajournement.
     Présents : Sénateurs William Alden Smith (président), Perkins, Burton, Bourne, Simmons, Newlands, et Fletcher.
     Sénateur SMITH.  Au nom de mes associés et de moi-même, je désire faire une annonce.
     L’enquête que nous menons se fait sous la direction du Sénat, et a pour but de confirmer certains faits importants liés à la malheureuse perte du Titanic. Nous ne nous préoccupons pas du tout du confort des visiteurs lors de ces audiences. Nous sommes avant tout préoccupés par le fait d’obtenir la vérité, et je veux que chaque personne ici comprenne bien qu’elle n’est ici que par la bienveillance du comité ; que cette enquête n’est pas menée pour son divertissement, et que toute expression de toute sorte ou forme ne sera pas permise.
     Toute violation de cette injonction forcera le comité à conduire ses enquêtes de manière à éviter une telle situation.
     Au vu de l’importance de ces investigations, je réserve aux témoins la courtoisie et la gentillesse qui leur revient de droit.
     Concernant le fait que ces audiences se déroulent dans cette session générale et ouverte, nous ne sommes pas totalement décidés ; mais n’ayant pas d’inclination à les conduire secrètement, avec le désir que chaque étape soit connue du public, ce mode de fonctionnement a été adopté ce matin, comme il l’était à New York.

Témoignage de Mr. Philip A. S. Franklin.

     Mr. Franklin a prêté serment devant le président.
     Sénateur SMITH.  Quel est votre nom complet ?
     Mr. FRANKLIN.  Philip A. S. Franklin.
     Sénateur SMITH.  Et où résidez-vous ?
     Mr. FRANKLIN.  Je réside à New York.
     Sénateur SMITH.  Quelle est votre profession ?
     Mr. FRANKLIN.  Je suis vice-président aux États-Unis de l’International Mercantile Marine Co.
     Sénateur SMITH.  Quel âge avez-vous ?
     Mr. FRANKLIN.  Quarante-et-un ans d’âge.
     Sénateur SMITH.  Qu’est-ce qui constitue l’International Mercantile Marine Co. ?
     Mr. FRANKLIN.  De façon générale, l’International Mercantile Marine Co., par ses diverses ramifications, possède la White Star  Line, l’American Line, la Red Star Line, l’Atlantic Transport Line, et la National Line, ainsi que la majorité des actions de la Leyland Line.
     Sénateur SMITH.  Quel est le capital de votre société ?
     Mr. FRANKLIN.  Le capital, en chiffres ronds, est de 100 000 000 $ d’actions ordinaires et privilégiées ; 52 000 000 $ de bons à 4 1/2 % ; environ 19 000 000 $ de bons à 5 %, et de quelques obligations sous-jacentes, qui s’élèvent à environ 7 000 000 $.
     Sénateur SMITH.  Quelle est l’activité de votre compagnie ?
     Mr. FRANKLIN.  L’activité de la compagnie consiste à posséder des vapeurs qui opèrent sur plusieurs lignes transatlantiques et transocéaniques, transportant des marchandises et des passagers.
     Sénateur SMITH.  Est-ce que l’International Mercantile Marine possède la White Star Line ou la contrôle ?
     Mr. FRANKLIN.  L’International Mercantile Marine Co. possède et contrôle l’International Navigation Co. (Ltd.) d’Angleterre, laquelle compagnie possède les parts de l’Oceanic Steam Navigation Co., laquelle compagnie possède les vapeurs de la White Star.
     Sénateur SMITH.  Combien de navires possède ce qu’on appelle White Star Line ?
     Mr. FRANKLIN.  Je ne pourrais vous le dire, mais j’ai ici un document qui pourra vous donner l’information. Nous vous fournirons un rapport annuel qui vous montrera ça. Nous pouvons y revenir, sénateur. Il faudra le déduire du rapport.
     Sénateur SMITH.  Je vais passer pour le moment, sur cette recherche, et vous demander de nous faire une déclaration détaillée des propriétaires, dirigeants et administrateurs de ces différentes compagnies qui composent l’International Mercantile Marine Co. ?
     Mr. FRANKLIN.  Je ne pourrais pas le faire en détail sans faire des recherches, car un grand nombre de ces compagnies sont situées à l’étranger ; mais je peux vous donner les directeurs de l’International Mercantile Marine Co.
     Sénateur SMITH.  Pouvez-vous le faire maintenant ?
     Mr. FRANKLIN. Oui, monsieur.
     Voici les directeurs : C. A. Griscom, E. C. Grenfell, John I. Waterbury, le très honorable Lord Pirrie, George W. Perkins, Charles Steel, J. Bruce Ismay, Percy Chubb, E. J. Berwind, Harold A. Sanderson, P. A. B Widener, Charles F. Torrey, J. P. Morgan, jr.
     Sénateur SMITH.  Qui sont les dirigeants de cette compagnie ?
     Mr. FRANKLIN.  Les dirigeants sont : Président, J. Bruce Ismay; vice-présidents, E. C. Grenfell, Harold A. Sanderson, et P. A. S. Franklin.
     Sénateur SMITH.  Où résident les dirigeants de la compagnie ?
     Mr. FRANKLIN.  Mr. Ismay, le président, réside à Liverpool ; Mr. Grenfell réside à Londres ; Mr. Sanderson réside à Liverpool ; Mr. Franklin réside à New York.
     Sénateur SMITH.  Occupez-vous une position au sein de l’International Mercantile Marine Co. ?
     Mr. FRANKLIN.  J’occupe la position de vice-président, en Amérique, de l’International Mercantile Marine Co.
     Sénateur SMITH.  Et, en tant que dirigeant de ce rang, avez-vous toute compétence concernant les affaires de cette compagnie en Amérique ?
     Mr. FRANKLIN.  Oui, monsieur.
     Sénateur SMITH.  Est-ce qu’une autre personne partage la responsabilité avec vous ici ?
     Mr. FRANKLIN.  Pas directement. Bien entendu, nous avons certains membres du conseil d’administration ici, qui se réunissent ici, et nous avons un comité aux finances qui se réunit ici, mais pour autant que la gestion de la compagnie dans ses affaires soit concernée, je n’ai personne à part les nombreux assistants que nous avons avec nous.
     Sénateur SMITH.  Subordonnés à vous ?
     Mr. FRANKLIN.  Subordonnés à moi.
     Sénateur SMITH.  Pouvez-vous déclarer à ce comité quelle compétence et autorité vous avez, le cas échéant, sur le mouvement et la direction des navires de votre compagnie ?
     Mr. FRANKLIN.  Nous n’avons aucune autorité ou compétence sur le mouvement ou la direction des navires de notre compagnie après qu’ils ont quitté le quai de n’importe quel port aux États-Unis ou au Canada.
     Si nous devions à aucun moment donner des instructions concernant la gestion concrète du navire, nous les recevrions des bureaux centraux d’Angleterre et ils seraient transmis au commandant du navire à quai ici.
     Nous n’avons rien à faire avec les navires en ce qui concerne le fait de donner au commandant des instructions au sujet de la navigation, ou quoi que ce soit de ce genre, à part ce qui nous est transmis par les propriétaires du navire. Nous sommes simplement des agents.
     Sénateur SMITH.  Depuis combien de temps êtes-vous un dirigeant de cette compagnie ?
     Mr. FRANKLIN.  Depuis 1902, je pense que c’est ça.
     Sénateur SMITH.  Avez-vous jamais occupé une autre position que celle que vous occupez actuellement dans cette compagnie ?
     Mr. FRANKLIN.  Quand la compagnie a été formée à l’origine, j’étais chargé des affaires de l’Atlantic Transport Line, qui est une filiale de l’International Mercantile Marine Co., mais je n’étais pas un dirigeant alors, directement, de l’International Mercantile Marine Co. Peu après cette formation, cependant – je dirais six ou huit mois après – j’ai été nommé vice-président de l’International Mercantile Marine Co.
     Sénateur SMITH.  Êtes-vous navigateur de profession ?
     Mr. FRANKLIN.  Pas du tout, monsieur.
     Sénateur SMITH.  Avez-vous déjà eu une expérience dans ce domaine ?
     Mr. FRANKLIN.  Pas la moindre.
     Sénateur SMITH.  Connaissez-vous Mr. Ismay ?
     Mr. FRANKLIN.  Je le connais, monsieur.
     Sénateur SMITH.  Depuis combien de temps le connaissez-vous ?
     Mr. FRANKLIN.  Je connais Mr. Ismay, je dirais, depuis environ 1895 ou 1897 ; peut-être un peu avant.
     Sénateur SMITH.  Avez-vous eu l’occasion de vous entretenir avec lui des affaires de votre compagnie ?
     Mr. FRANKLIN.  Constamment, depuis 1902.
     Sénateur SMITH.  Est-ce que ces réunions se déroulent aux États-Unis ?
     Mr. FRANKLIN.  Certaines réunions se tiennent aux États-Unis et d’autres  Liverpool.
     Sénateur SMITH.  Connaissiez-vous le capitaine Smith du Titanic ?
     Mr. FRANKLIN.  Je le connaissais.
     Sénateur SMITH.  Depuis combien de temps le connaissez-vous ?
     Mr. FRANKLIN.  Je l’ai toujours connu depuis que je suis lié à l’International Mercantile Marine Co. ; et je l’ai connu avant cela, car j’ai voyagé sur un ou deux navires sous son commandement vers entre 1898 et 1900. À l’époque, cependant, je n’étais en aucune façon lié officiellement à la compagnie.
     Sénateur SMITH.  Pouvez-vous dire au comité quels navires de votre compagnie ont été commandés par le regretté capitaine du Titanic ?
     Mr. FRANKLIN.  Il a commandé le Majestic, l’Adriatic, l’Olympic, et le Titanic. Cela, j’en suis certain.  Je ne suis pas certain des navires qu’il a pu commander entre le Majestic et le Titanic.
     Sénateur SMITH.  Est-ce que le Baltic est un de vos navires ?
     Mr. FRANKLIN.  Oui.
     Sénateur SMITH.  Il a commandé le Baltic, n’est-ce pas ?
     Mr. FRANKLIN.  Je pense que oui, mais je ne l’affirmerais pas. Je pense que oui.
     Sénateur SMITH.  Quand l’avez-vous vu pour la dernière fois ?
     Mr. FRANKLIN.  J’ai vu le capitaine Smith pour la dernière fois quand il était ici sur l’Olympic en février.
     Sénateur SMITH.  Février de cette année ?
     Mr. FRANKLIN.  De cette année ; oui, monsieur.
     Sénateur SMITH.  Avez-vous vu ou entendu quelque chose de lui depuis ce moment, directement ?
     Mr. FRANKLIN.  Je n’ai jamais vu ou entendu quelque chose de lui directement, non, monsieur, depuis ce moment.
     Sénateur SMITH.  Pour autant que vous le sachiez est ce que des cadres subordonnés de votre compagnie ont tenté et réussi à établir des communications avec lui durant son dernier voyage de Southampton à New York ou jusqu’au moment du drame ?
     Mr. FRANKLIN.  Nous n’avons pas eu la moindre communication de quelque sorte avec le capitaine du Titanic lors de son dernier voyage ou à partir du moment où il a quitté Belfast.
     Sénateur SMITH.  À partir du moment où il a quitté Belfast après le voyage d’essais ?
     Mr. FRANKLIN.  On ne nous a rien dit sur les essais ou quoi que ce soit en rapport avec les essais.
     Sénateur SMITH.  Vous n’avez rien su directement des tests au Belfast Lough ?
     Mr. FRANKLIN.  Non.
     Sénateur SMITH.  Et vous n’avez eu aucune communication et, pour autant que vous sachiez, vos subordonnés n’ont eu aucune communication avec lui après qu’il a quitté Belfast avec le Titanic ?
     Mr. FRANKLIN.  Non ; c’est exact. Nous n’en avons pas eu.
     Je veux que ce soit parfaitement clair. Nous avons naturellement reçu des câbles de Southampton ; nous avons reçu un câble quand le navire a quitté Belfast ; nous avons reçu un câble quand le navire est arrivé à Southampton. Ces câbles, cependant, n’ont pas été envoyés par le capitaine du navire ; ils ont été envoyés par des officiers.
     Sénateur SMITH.  Par quel officier ?
     Mr. FRANKLIN.  Par le bureau de Southampton ; par l’agent, en d’autres termes, de Southampton.
     Sénateur SMITH.  Vous informant du départ du Titanic ?
     Mr. FRANKLIN.  Non ; le câble de Southampton nous informait de l’arrivée du Titanic.
    Sénateur SMITH.  Depuis le Belfast Lough ?
   Mr. FRANKLIN.  Depuis le Belfast Lough. Ce n’était qu’une affaire de routine.
    Sénateur SMITH.  Pour autant que vous le sachiez est-ce que vous ou un de vos subordonnés dans ce pays avez reçu une communication d’un officier du Titanic après son départ de Southampton ?
    Mr. FRANKLIN.  Non, monsieur.
    Sénateur SMITH.  Avez-vous ou un de vos subordonnés reçu une communication de Mr. Ismay après ou juste avant le départ du Titanic de Southampton ?
   Mr. FRANKLIN.  J’ai télégraphié à Mr. Ismay quand le navire était entre Southampton et Queenstown un message simplement pour souhaiter un bon voyage : « Souhaits de succès au Titanic et voyage heureux également pour vous », ou quelque chose de ce genre.
    Sénateur SMITH.  Avez-vous une copie de ce message ?
    Mr. FRANKLIN.  Je ne pense pas que j’en ai une copie avec moi. Je peux vous la faire envoyer, sénateur.
   Sénateur SMITH.  Je voudrais que vous le fassiez.
    Mr. FRANKLIN.  Ferez-vous consigner tout ce que vous nous demandez ?
   Sénateur SMITH.  Oui.
   Mr. FRANKLIN.  Et je peux vous donner une copie de la réponse de Mr. Ismay.
   Sénateur SMITH.  De ce que vous pouvez vous rappeler, que disait-il ?
   Mr. FRANKLIN.  Simplement : « Votre message est très apprécié », ou quelque chose de ce genre.
    Sénateur SMITH.  C’était un message sans fil ou par câble ?
    Mr. FRANKLIN.  Il a été envoyé par câble.
    Sénateur SMITH.  Avez-vous reçu une communication d’un officier, directeur, passager ou membre de l’équipage, par télégraphie sans fil, après que le Titanic a quitté Southampton et jusqu’au moment où il a coulé en mer ?
   Mr. FRANKLIN.  Pas un mot ou une communication d’aucune sorte à l’exception de ceci : nous avions des câbles réguliers par notre canal régulier de Cape Race ou via Cape Race, qui nous ont informés dimanche matin que le Titanic était à 550 miles au sud-est de Cape Race. C’est quelque chose qui parvient également à la presse.
    Sénateur SMITH.  C’était une communication officielle ?
    Mr. FRANKLIN.  C’est semi-officiel. C’est envoyé à la presse également. Nous recevons l’information, et la presse la reçoit pour les journaux et les archives.
   Sénateur SMITH.  Mais vous n’avez pas de contrôle exclusif sur ce genre de communication ?
    Mr. FRANKLIN.  Non ; nous n’avons pas de communication exclusive. Du mieux que je me souvienne un de nos employés me l’a dit par téléphone dimanche matin, pour me donner l’information.
   Sénateur SMITH.  Le dimanche matin précédant la collision ?
   Mr. FRANKLIN.  Le dimanche matin précédant la collision.
   Sénateur SMITH.  C’était la seule tentative d’établir une communication avec ce navire, et pour autant que vous le sachiez, la seule tentative par ses officiers, passagers ou membres d’équipage, du moment où ils ont quitté Southampton jusqu’au moment où l’accident est survenu ?
    Mr. FRANKLIN.  Absolument.
    Sénateur SMITH.  Je vous montre un télégramme que je vais lire pour que le procès-verbal le contienne. Il est daté de New York, N. Y., 15 avril 1912. Il est adressé à « J. A. Hughes, Huntington, W. Va. ». Il dit ce qui suit :

Titanic se dirige vers Halifax. Les passagers y débarqueront probablement mercredi ; tous en sécurité. 
      WHITE STAR LINE.

            Je vous demande si vous savez quoi que ce soit à propos de l’envoi de ce message, ou par qui il a été autorisé, ou de qui il provenait ?
            Mr. FRANKLIN.  Je ne sais pas, monsieur. Et depuis que cela a été mentionné lors de la réunion à New York samedi, nous avons interrogé tout notre personnel des bureaux passagers du n°9 à Broadway, et nous ne parvenons pas à trouver qui a envoyé ce message. À présent, ce que nous apprécierions que votre comité face, c’est que la compagnie de télégraphie vous délivre le message reçu de la White Star Line, et nous permette de voir où ils l’ont eu et quand ils l’ont eu, et à quelle station il a été délivré. Je pense qu’il n’est que trop juste pour nous d’expliquer, en lien avec tout ça, que nous avons beaucoup de monde employé au service des passagers de nos bureaux du n°9 à Broadway. Le bureau était bondé lundi matin, et bon nombre de nos subalternes répondaient aux communications du mieux qu’ils le pouvaient, par téléphone et autrement, et il se pourrait, possiblement, que ce télégramme ait été envoyé par un de ces subalternes, à partir de quelque chose qu’il aurait entendu, soit par les journaux soit par quelque chose de ce genre, mais pour autant que la White Star Line ou ses cadres sont concernés, les cadres n’ont rien autorisé de ce genre, rien de ce genre n’a été autorisé, et nous faisions très attention à informer tout le monde que les seules informations authentiques que nous recevions à propos de cet horrible désastre étaient ce qui nous parvenait du Capitaine Haddock, de l’Olympic – et nous n’avions eu qu’un message.
            Sénateur SMITH.  Au moment où ce télégramme a été envoyé saviez-vous quelle était la situation réelle du Titanic ?
            Mr. FRANKLIN.  Quelle était l’heure de ce télégramme ? Je pense que nous devrions fixer cette question de temps. L’en-tête dit 20 h 27. À 20 h 27 lundi, je savais que le Titanic avait sombré à 2 h 20.
            Sénateur SMITH.  Lundi matin ?
            Mr. FRANKLIN.  Lundi matin.
            Sénateur SMITH.  Quand avez-vous eu cette information pour la première fois, et par qui ?
            Mr. FRANKLIN.  La date devrait être fixée.
            Mr. BURLINGHAM.  Ce pourrait être la date du reçu.
            Mr. FRANKLIN.  Je me fonde sur cette heure. En répondant à la question j’utilise cette heure. Vous voudriez que je vous fasse un récit, du mieux que je le peux, de comment nous avons appris et quand nous l’avons appris et ce que nous avons fait ?
            Sénateur SMITH.  Je le voudrais, depuis le début. Si vous avez des mémorandums, ou un des télégrammes j’aimerais que vous les fassiez marquer pour identification et les détaillez avec le comité.
            Mr. FRANKLIN.  Je voudrais les mettre directement dans le procès-verbal.
            Sénateur SMITH.  Allez-y.
            Mr. FRANKLIN.  Environ deux minutes après deux heures lundi matin j’ai été réveillé par la sonnerie du téléphone. Je suis allé répondre et un journaliste – je ne pourrais pas dire de quel journal – m’a dit qu’il venait d’apprendre que le Titanic coulait et qu’il avait envoyé un appel à l’aide. Je lui ai demandé comment il avait eu ce message, et ils m’ont dit qu’ils l’avaient reçu par le vapeur Virginian et de Montréal.  J’ai immédiatement appelé notre quai et leur ai demandé s’ils avaient entendu quoi que ce soit. Ils m’ont dit que plusieurs journalistes les avaient appelés.
            Sénateur SMITH.  Où étiez-vous à ce moment ?
            Mr. FRANKLIN.  À mon propre domicile, au 41, à l’est de la Soixante-cinquième avenue. Ils m’ont dit que des journalistes avaient tenté d’avoir des informations sur le Titanic. J’ai dit : « Avez-vous entendu quelque chose d’authentique à propos du Titanic ? » Il m’a dit « Non ». Alors j’ai appelé l’Associated Press, les bureaux de l’Associated Press ; ils m’ont redit à peu près ce que le journaliste m’avait dit. Je leur ai ensuite demandé s’ils ne pouvaient pas retenir l’information et ne pas diffuser un rapport aussi alarmant avant qu’on puisse voir si on pouvait le confirmer. Ils ont dit : « Non ; il est parti. » J’ai appelé Montréal sur un téléphone à longue distance. J’ai eu notre représentant de Montréal au téléphone et je lui ai demandé s’il ne pouvait pas avoir les bureaux de l’Allan Line et voir si on pouvait confirmer ça, et ce qu’ils avaient, et de me retéléphoner immédiatement. J’ai ensuite appelé environ quatre ou cinq de nos propres employés et leur ai dit que j’avais cette information. Je voulais entrer en contact avec eux et qu’ils se tiennent à disposition. J’ai eu Mr. Ridgway, le directeur de notre département des vapeurs, qui vivait à Brooklyn, et je lui ai demandé de sortir immédiatement et d’envoyer un Marconigramme au capitaine de l’Olympic. Je ne voulais pas alarmer le capitaine de l’Olympic. Donc j’ai demandé que le télégramme dise : « Pouvez-vous obtenir la position du Titanic ? Télégraphiez-nous immédiatement sa position. » Je peux vous lire ce télégramme. J’ai demandé à ce que tous nos employés importants se présentent immédiatement au bureau. Quand nous nous sommes trouvés au bureau la première chose que j’y ai trouvée était ce mémorandum. [Lit le mémorandum :]

Titanic. Reçu de l’Associated Press depuis Cape Race 3 h 05 du matin, lundi 15 avril. 22 h 25 E. S. T., Titanic a émis un C. Q. D. ; rapporte avoir heurté un iceberg et requiert assistance immédiate. Une demi-heure après, a rapporté qu’il coulait par l’avant. Femmes étaient mises dans canots et temps calme et clair. A donné comme position 41° 46 nord, 50° 14 ouest. Stoppé cette station. Notifié le navire de l’Allan Line Virginian qui a immédiatement informé qu’il se dirigeait vers lieu du désastre. Stop. Virginian a minuit a déclaré était à environ 170 miles de distance du Titanic et espérait y être à 10 heures du matin. Olympic, à 4 h 24 G.M.T. à latitude 40° 32 nord, longitude 61° 18 ouest, était en communication directe avec le Titanic et fait maintenant route à pleine vitesse vers lui. Baltic à 1 h 15 E.S.T. a signalé qu’il était à environ 200 miles à l’est du Titanic, et faisait aussi route vers lui. Derniers signaux du Titanic entendus par le Virginian à 00 h 25 E.S.T. Il les a signalés comme étant brouillés et se terminant abruptement.

     Ensuite nous avons calculé les positions. En premier lieu, j’ai reçu avant de quitter mon domicile une réponse de Montréal, disant que l’Allan Line confirmait malheureusement le rapport. Nous avons calculé les positions du mieux que nous l’avons pu, et avons trouvé que le Titanic était à 1 080 miles de New York, environ 600 miles de Halifax ; l’Olympic, était, selon nos calculs, à environ 364 miles du Titanic, et nous avons pensé que le Baltic pourrait l’atteindre à 16 heures. Je ne sais pas à quelle distance était le Baltic.
     Sénateur SMITH.  Comment avez-vous trouvé l’emplacement de ces différents navires ?
     Mr. FRANKLIN.  Nous avons calculé la position de l’Olympic grossièrement de tête.
     Sénateur SMITH.  Sur une échelle ?
     Mr. FRANKLIN.  Nous avions une carte.
     Sénateur SMITH.  Et à partir de cette carte vous les avez situés ? Mais est-ce qu’un de ces navires a rapporté sa position exacte ?
     Mr. FRANKLIN.  Nous n’avions aucune communication à ce moment, d’aucun navire ou de quiconque, qui nous ait semblé être authentique. Nous avions de nombreuses rumeurs venant de toutes sortes de sources.
     Sénateur SMITH.  Prétendaient-elles vous donner leur position ?
     Mr. FRANKLIN.  Non. Je vais vous lire le premier message envoyé à l’Olympic, celui dont j’ai parlé il y a quelques minutes. Il a été envoyé à trois heures du matin :

Faites tout votre possible pour communiquer avec Titanic et connaître position et heure. Répondre à Ismay, New York.

     Sénateur SMITH.  S’il vous plait, dites-nous à qui il était adressé.
     Mr. FRANKLIN.  À Haddock, l’Olympic.
     Sénateur SMITH.  S’il vous plait, donnez la date.
     Mr. FRANKLIN.  Le 15 avril à trois heures.
     Sénateur SMITH.  Et donnez l’heure à chaque fois. Maintenant, pour que nous soyons certains que le comité comprenne bien cela, voulez-vous bien relire ceci ?
     Mr. FRANKLIN.  C’était notre première tentative pour communiquer avec l’un de nos vapeurs, et la première tentative dont nous avons connaissance, d’une manière ou d’une autre. C’était notre télégramme au capitaine Haddock, de l’Olympic, envoyé à trois heures du matin le 15 avril, qui disait :

Faites tout votre possible pour communiquer avec Titanic et connaître position et heure. Répondre à Ismay, New York.

     Ce télégramme a été envoyé de Brooklyn par Mr. F. W. Ridgway. Je lui ai téléphoné et demandé de sortir immédiatement l’envoyer.
     Sénateur SMITH.  Poursuivez.
     Sénateur FLETCHER.  Où était le capitaine Haddock – où était l’Olympic ?
     Mr. FRANKLIN.  L’Olympic avait quitté New York samedi après-midi à trois heures, vers l’est.
     Sénateur SMITH.  Quelle était la position de ce navire ?
     Mr. FRANKLIN.  Je ne peux que vous donner notre estimation de la position qui, à trois heures, était à 320 miles à l’est de Sandy Hook et environ 360 miles, selon notre estimation, du Titanic.
     Sénateur SMITH.  Poursuivez.
     Mr. FRANKLIN.  Toute la matinée durant – à partir de ce moment –
     Sénateur SMITH.  Lundi matin ?
     Mr. FRANKLIN.  Lundi matin. Nous essayions de communiquer ou d’avoir des informations de Montréal, d’Halifax, de divers journaux, et nous avons télégraphié au commandant de l’Olympic :

Tenez-nous totalement au courant concernant le Titanic.

C’était à six heures cinq du matin. Nous n’avions pas reçu de réponse de lui du tout. Puis nous avons eu un télégramme de l’Olympic.

Depuis minuit, quand sa position était 41° 46 N, 50° 14 O, nous avons été dans l’impossibilité de communiquer. Nous sommes maintenant à 310 miles de lui, à neuf heures, à pleine vitesse. Vous informerons si nous entendons quoi que ce soit.
                                                                    COMMANDANT

     Sénateur SMITH.  Avez-vous compris grâce à ça qu’ils se dirigeaient vers le Titanic ?
     Mr. FRANKLIN.  J’ai compris qu’ils se dirigeaient vers le Titanic, sans aucun doute. C’était à neuf heures.
     Sénateur SMITH.  Lundi ?
     Mr. FRANKLIN.  Lundi, à 310 miles du Titanic.
     Sénateur SMITH.  Poursuivez.
     Mr. FRANKLIN.  Nous avons suivi avec un télégramme, comme suit :

Pouvez-vous confirmer dommages Titanic ?

     Sénateur SMITH.  À quelle heure était-ce ?
     Mr. FRANKLIN.  Cela n’en est pas l’original. Il n’y a pas d’heure dessus, mais il a été envoyé dans la matinée.
     Sénateur SMITH.  Envoyé par qui ?
     Mr. FRANKLIN.  Il a été envoyé par moi.
     Sénateur SMITH.  Vous n’aviez pas d’information concernant le naufrage du Titanic à ce moment ?
     Mr. FRANKLIN.  Absolument aucune ; très clairement. Je vous ai lu le premier télégramme d’Haddock. Voici, maintenant, le second télégramme.
     Sénateur SMITH.  Donnez la date et l’heure.
     Mr. FRANKLIN.  15 avril. Nous ne savons pas à quelle heure il a été reçu, mais c’était après midi. Il était entre midi et une heure, ou vers une heure. On pourrait probablement le retrouver – quand exactement il nous a été délivré.

Parisian rapporte Carpathia sur place et a récupéré 20 canots de passagers et Baltic fait demi-tour pour porter assistance. Position non donnée.

     Sénateur SMITH.  Position du Baltic non donnée ?
     Mr. FRANKLIN.  Position du Baltic non donnée. Ce message a été reçu vers une heure.
     Sénateur SMITH.  Signé par qui ?
     Mr. FRANKLIN. Signé par Haddock.
     Sénateur SMITH.  Très bien, poursuivez.
     Mr. FRANKLIN.  Nous avons répondu ce qui suit :

HADDOCK, Olympic:            15 avril 1912.
Merci pour votre message. Nous n’avons rien reçu du Titanic, mais des rumeurs ici disent qu’il se rend lentement à Halifax, mais nous ne pouvons pas le confirmer. Nous nous attendons à ce que Virginian soit aux côtés du Titanic ; essayez de communiquer avec lui.

            Sénateur SMITH.  Qui a signé ça ?
            Mr. FRANKLIN.  Moi.
            Sénateur SMITH.  Quelle heure était-il ?
            Mr. FRANKLIN.  C’était en réponse à l’autre message, juste après que nous l’avons reçu. Il devait être environ 2 heures –
            Sénateur SMITH.  Le message du Capt. Haddock ?
            Mr. FRANKLIN.  Oui. Environ à 2 heures, je dirais.
            Sénateur SMITH.  Dites au comité sur quelle rumeur vous avez basé votre déclaration.
            Mr. FRANKLIN.  Nous avons basé notre déclaration sur des rumeurs que nous avions par toutes nos sources. La presse et les télégrammes de Montréal ; mais rien sur quoi nous ayons pu mettre la main qui était authentique à ce moment.
            Sénateur SMITH.  Vous n’aviez rien reçu du Carpathia à ce moment ?
            Mr. FRANKLIN.  Non, monsieur ; nous n’avions rien entendu au sujet du Carpathia jusqu’à ce moment – à part ce télégramme de Haddock.
            Sénateur SMITH.  Voyons sur quoi vous avez fondé cette rumeur ?
            Mr. FRANKLIN.  Je ne sais pas si je pourrais vous dire exactement sur quoi j’ai fondé ça. Je le pourrais peut-être en parcourant ces télégrammes.
            Sénateur SMITH.  Je voudrais que vous les parcouriez et que vous nous disiez sur quoi vous avez fondé cela.
            Mr. FRANKLIN.  Cela nous venait de toutes les sources – des journaux en particulier.
            Sénateur SMITH.  Et c’était juste une rumeur ?
            Mr. FRANKLIN.  Absolument. Nous avons annoncé à tout le monde que c’étaient des rumeurs, mais que nous ne pouvions les confirmer nous-mêmes, et que nous n’avions rien d’authentique à part un message du Capitaine Haddock.
            Sénateur SMITH.  Avez-vous discuté avec Mr. Marconi durant le début de matinée du lundi, personnellement ?
            Mr. FRANKLIN.  Non, monsieur ; je n’ai jamais discuté avec Mr. Marconi.
            Sénateur SMITH.  Savez-vous si des messages sont partis des bureaux de Marconi ou des bureaux de la White Star à destination du Carpathia leur demandant le secret jusqu’à ce qu’ils entrent en communication avec vous ?
            Mr. FRANKLIN.  Nous ne savons absolument rien d’une telle communication ; n’avons rien à voir avec ça du tout, si elle a été envoyée.
            Sénateur SMITH.  Savez-vous si une telle communication a été émise ?
            Mr. FRANKLIN.  Je ne sais rien à ce propos.
            Sénateur SMITH.  Avez-vous jamais discuté avec Mr. Marconi à ce propos ?
            Mr. FRANKLIN.  Je ne l’ai jamais mentionné –
            Sénateur SMITH.  Ou Mr. Sammis ?
            Mr. FRANKLIN.  Non.
            Sénateur SMITH.  Ou l’opérateur du Carpathia ?
            Mr. FRANKLIN.  Non ; je n’ai jamais parlé à l’un ou l’autre de ces deux messieurs dans ma vie.
            Sénateur SMITH.  Ni avec le capitaine, ni avec l’opérateur, ni avec aucun officier d’un autre navire ?
            Mr. FRANKLIN.  Jamais. Notre totale préoccupation – je voudrais dire ceci – était de joindre le Carpathia pour qu’il nous donne les noms des passagers, des gens à bord du Carpathia. C’était la seule chose que nous voulions et nous avons fait pression pour cela tout ce temps.
            Sénateur SMITH.  C’est-à-dire, vers où il allait, et dans quelles circonstances ?
            Mr. FRANKLIN.  Nous avons essayé d’avoir ça par le biais de l’Olympic. Nous avons dit à l’Olympic de rester en contact avec lui et de nous le faire suivre.
            Sénateur SMITH.  Poursuivez.
            Mr. FRANKLIN.  Je ferais mieux de revenir aux câbles, non ? Ce message que je viens de lire dit ce qui suit :

HADDOCK, Olympic:            15 avril 1912.
Merci pour votre message. Nous n’avons rien reçu du Titanic, mais des rumeurs ici disent qu’il se rend lentement à Halifax, mais nous ne pouvons pas le confirmer. Nous nous attendons à ce que Virginian soit aux côtés du Titanic ; essayez de communiquer avec lui.

            Sénateur SMITH.  Donnez-vous les dates et heures ?
            Mr. FRANKLIN.  Je n’ai pas les dates sur celui-ci, mais sur le suivant je les ai. Le suivant indique 2 h 40, ce qui montre qu’il devait être avant 2 h 40.
            Sénateur SMITH.  Et quelle est la signature ?
            Mr. FRANKLIN.  Il est signé « Franklin. » Maintenant, notre prochain télégramme était pour Haddock.
            Mr. BURLINGHAM.  Donnez l’heure.
            Sénateur SMITH.  Donnez l’heure à chaque fois, et qui le signe, que ce soit par le nom, ou un code ou une initiale.
            Mr. FRANKLIN.  Je vais les donner dans l’ordre où ils sont ici.

                                                                                                                                              15 AVRIL 1912 – 14 H 40
                HADDOCK, Olympic:
       Essayez de confirmer où se trouve Ismay. Informez m’en et faites-lui part de notre plus profonde sympathie à tous.              
                          FRANKLIN.

     Sénateur SMITH.  À quelle heure était-ce ?
     Mr. FRANKLIN.  14 h 40 dans l’après-midi.
     Sénateur SMITH.  Et adressé à qui ?
     Mr. FRANKLIN.  Au Capitaine Haddock.
     Sénateur SMITH.  Et signé par qui ?
     Mr. FRANKLIN.  Signé par « Franklin. »
     Sénateur SMITH.  N’oubliez pas de donner la date, l’heure, le nom et la signature à chaque fois.
     Mr. BURLINGHAM.  Je suggère que vous disiez pour commencer « De ci-et-ça » et « à ci-et-ça ».
     Mr. FRANKLIN.  La difficulté est qu’ils ne sont pas exactement dans l’ordre.
     Sénateur SMITH.  Prenez votre temps et donnez la date et l’heure et le nom à chaque fois.
     Mr. FRANKLIN.  Le problème à ce sujet est qu’ils ne sont pas tous dans l’ordre. Voici un Marconigramme daté du 15 avril 1912.
     Sénateur SMITH.  De New York ?
     Mr. FRANKLIN.  New York.

                          15 AVRIL 1912.
                HADDOCK, Olympic:
Faites votre maximum pour confirmer immédiatement et nous informer de la situation des passagers du Titanic et où ils seront débarqués.

     Sénateur SMITH.  Signé par qui ?
     Mr. FRANKLIN.  « Franklin. » Je crois que le meilleur moyen de faire ça est d’avoir le moment où ces télégrammes ont été archivés – une déclaration de la société Marconi ou de la Postal Telegraph Co. ici – l’heure à laquelle ils les ont archivés, pour confirmer tout cela.
     Sénateur SMITH.  C’est très bien ; mais nous ferions mieux de prendre ce que les télégrammes montrent, pour autant qu’ils montrent quelque chose.
     Mr. FRANKLIN.  Le seul problème est qu’ils ne portent pas de date.
     Sénateur SMITH.  Pour peu qu’ils contiennent des dates et heures, donnez-nous tout ce que les télégrammes contiennent.
     Mr. FRANKLIN.  Maintenant, vers 18 h 20 ou 18 h 30, le 15 avril, le télégramme suivant m’a été remis.
     Sénateur SMITH.  Par qui, et où étiez-vous ?

     Mr. FRANKLIN.  Il m’a été remis par Mr. Toppin au No. 9 Broadway.
     Sénateur SMITH.  Qui est-ce ?
     Mr. FRANKLIN.  Un assistant du vice-président. L’archive ici montre qu’il a été reçu à 18 h 16. Il est adressé à Ismay, New York, et dit ce qui suit :

Carpathia a atteint position Titanic à l’aube. N’a trouvé que canots et épaves. Titanic a sombré vers 2 h 20 à 41.16 nord, 50. 14 ouest. Tous ses canots ont été identifiés. Environ 675 âmes sauvées, équipage et passagers, les derniers presque tous femmes et enfants. S.S. Californian de Leyland Line reste et fouille le lieu du désastre. Carpathia rentre à New York avec survivants ; veuillez informer Cunard.
                                                                         HADDOCK.

     Sénateur SMITH.  Cela venait du capitaine de l’Olympic ?
     Mr. FRANKLIN.  De l’Olympic.
     Sénateur SMITH.  Adressé à Ismay ?
     Mr. FRANKLIN.  À New York ; c’est notre adresse pour les câbles. Immédiatement, ce télégramme a été reçu par moi et c’était un choc si terrible qu’il nous a fallu quelques minutes pour nous ressaisir. Ensuite, j’ai immédiatement téléphoné moi-même, à deux de nos directeurs, Mr. Steele et Mr. Morgan, Jr., et au même moment je suis descendu pour les journalistes. J’ai commencé à lire le message, en le tenant dans mes mains, aux journalistes. J’ai fini la première ligne et demie, qui disait « Le Titanic a coulé à 2 heures du matin » et il ne restait plus un journaliste dans la pièce – ils étaient tous tellement impatients de sortir téléphoner la nouvelle.
     Sénateur SMITH.  Le fait que le télégramme était adressé à Mr. Ismay, et que vous saviez qu’il était à bord du Carpathia, ou plutôt à bord du Titanic, vous garantissait – [Après une pause.] C’était l’adresse du câble ?
     Mr. FRANKLIN.  C’était l’adresse du câble de nos propres bureaux, dans la pratique ?
     Sénateur SMITH.  Cela n’indique pas qu’il était destiné à une personne en particulier ?
     Mr. FRANKLIN.  Non, monsieur ; c’était pour le bureau ; c’est l’habitude de la compagnie.
     Sénateur SMITH.  Très bien ; poursuivez.
     Mr. FRANKLIN.  C’est notre adresse de câble, notre code signalétique. Le télégramme suivant –
     Sénateur SMITH.  Je voudrais que le rapporteur marque ces télégrammes pour identification.
     Mr. FRANKLIN.  Je lui remettrai tout le lot dans un moment. [Lisant :]

Tristesse inexprimable. Poursuis directement le voyage. Carpathia m’informe pas d’espoir pour recherches. Enverrai noms des survivants quand seront obtenus. Yamsi sur Carpathia.

     Ce télégramme était adressé à « Franklin, Care Ismay, New York, » et signé « Haddock. »
     Sénateur SMITH.  Le « Yamsi » auquel il est fait référence est –
     Mr. FRANKLIN.  Mr. Ismay.
     Sénateur SMITH.  Était-ce la première information que vous avez-eue disant qu’il était à bord du Carpathia ?
     Mr. FRANKLIN.  La première information que nous avons eue disant qu’il était sur le Carpathia.
     Mr. BURLINGHAM.  Donnez l’heure de réception.
     Mr. FRANKLIN.  Ils ont tous les deux été reçus à peu près au même moment ; je dirais vers 18 h 30 ce soir-là.
     Sénateur SMITH.  Par qui était-il signé ?
     Mr. FRANKLIN.  Par Haddock, de l’Olympic.
     Sénateur FLETCHER.  Où était l’Olympic ?
     Mr. FRANKLIN.  Il était dans les environs, à ce moment de la journée – bien entendu, quand ce message a été envoyé il était sans aucun doute tôt le matin. Ces messages ont tous été extrêmement retardés, apparemment ; mais l’Olympic à ce moment de la journée avait été sur le lieu du drame et en repartait, pour autant que le montrent nos archives.
     Sénateur SMITH.  Mais sa position exacte n’a pas été déterminée ?
     Mr. FRANKLIN.  Nous n’avons pas déterminé ça.
     Sénateur SMITH.  Vous voulez dire, sa latitude et sa longitude ?
     Mr. FRANKLIN.  Non, je pourrais me tromper. Il n’était peut-être pas totalement sur les lieux du naufrage à ce moment. Nous avions calculé qu’il devait être sur les lieux du naufrage vers 9 heures la nuit de lundi.
     Sénateur SMITH.  Très bien. Poursuivez.
     Mr. BURLINGHAM.  Il n’y est pas arrivé ?
     Mr. FRANKLIN.  Il n’y est pas arrivé du tout
     Sénateur SMITH.  Je devrais juger, de ce que le capitaine a dit, qu’après ce télégramme de condoléances il a poursuivi sa route.
     Mr. FRANKLIN.  Il a poursuivi sa route. Je veux continuer avec ces autres. C’est notre station radio, ensuite, à destination du Capitaine Haddock.
     Sénateur SMITH.  De l’Olympic ?
     Mr. FRANKLIN.  De l’Olympic.
     Sénateur SMITH.  Et la date ?
     Mr. FRANKLIN.  15 avril, 19 h 10. [Lisant :]

Il est d’importance vitale que nous ayons le nom de chaque survivant sur le Carpathia immédiatement. Si vous pouvez l’expédier en restant près du Carpathia, merci de le faire.
                                        FRANKLIN.

Le message suivant a été envoyé à 19 h 15, exactement à la même heure, pour autant que les télégrammes sont concernés. [Lisant :]

HADDOCK,  Olympic:
Désespéré en lisant dans votre message que le Carpathia est le seul navire avec des passagers. Avais compris que Virginian et Parisian avaient aussi passagers. Êtes-vous en communication avec eux, et pouvez-vous avoir des informations ?
                                                                                  FRANKLIN.

     Je veux dire cela : que durant toute la journée nous avons considéré le navire comme étant insubmersible, et qu’il n’est jamais passé à notre esprit qu’il ait pu y avoir une sérieuse perte de vies. Nous avons bien entendu pensé qu’il aurait pu se passer quelque chose dans le transfert ou la gestion des passagers ; mais il n’est jamais venu à notre esprit qu’il ait pu y avoir une sérieuse perte de vie jusqu’à ce que nous ayons ce message d’Haddock à 18 h 30. Notre télégramme suivant au Capitaine Haddock a été envoyé le 15 avril à 19 h 35. [Lisant :]

HADDOCK,  Olympic:
Câblez nous le nom de tout passager, officier et membre d’équipage sur Carpathia. C’est extrêmement important. Restez en communication avec le Carpathia jusqu’à ce que vous accomplissiez cela. Donnez instruction au Californian de rester sur le lieu du naufrage jusqu’à ce qu’il ait de nos nouvelles ou qu’il soit relevé ou que ses réserves de charbon soient épuisées. Confirmez réserves charbon Californian et combien de temps il peut rester là. Les radeaux ont-ils été pris en compte ? Êtes-vous absolument certain que le Carpathia a tous les survivants, car avons eu rumeur que Virginian et Parisian ont aussi des survivants. Où est le Baltic ?                  FRANKLIN.

Puis nous lui avons envoyé un autre télégramme à 9 h 55, le 16 avril. Ce doit être le 15. C’est le 15 avril. [Lisant :]

Capitaine HADDOCK,  Olympic:
Ne quittez pas Carpathia jusqu’à ce que vous nous ayez télégraphié les noms des survivants ou que vous vous soyez arrangés pour que quelqu’un d’autre nous télégraphie immédiatement les noms.                             FRANKLIN.

     Sénateur SMITH.  Y a-t-il eu une réponse à celui-là ?
     Mr. FRANKLIN.  Pas de réponse à ça.  [Lisant :]

                                                                                                                              16 avril 1912. – 15 h 15
        COMMANDANT,  Olympic :
Communiquez ce qui suit au commandant, Carpathia : « Quelle est votre position actuelle ? Quand pensez-vous atteindre New York ? » Sumner. Stop. Attendons anxieusement les noms restants des survivants et membres d’équipage.                                    FRANKLIN.

     Sumner était l’agent de la Cunard Line, et nous a autorisé à utiliser son nom dans notre tentative pour que le Carpathia nous donne les noms des passagers sur le navire ; des survivants en d’autres mots. Ensuite, Haddock a télégraphié :

                                         S. S. Celtic, VIA CAPE RACE, N. F.,
                                                                         16 avril 1912.
                ISMAY, New York :
Veuillez éteindre rumeur que Virginian a des passagers du Titanic ; de même que Tunisian ; crois que seul survivants sur Carpathia ; second, troisième, quatrième et cinquième officiers, et second opérateur Marconi sont seuls officiers rescapés connus.
        1 h 45                          HADDOCK, Olympic.

     Après cela nous n’avons plus eu de communications avec Haddock.
     Sénateur SMITH.  Aviez-vous alors une communication directe avec le Carpathia ?
     Mr. FRANKLIN.  Non, monsieur.
     Sénateur SMITH.  Avez-vous eu à aucun moment une communication directe avec le Carpathia pendant qu’il était en route vers New York ?
     Mr. FRANKLIN.  Je lui ai envoyé un télégramme le 16 avril.
     Sénateur SMITH.  Quelle heure ?
     Mr. FRANKLIN.  22 h 35.
     Sénateur SMITH.  Au Capitaine Rostron ?
     Mr. FRANKLIN.  Au « Commandant, Carpathia. » [Lisant :]

Faites tout votre possible pour envoyer à White Star Line, New York, immédiatement noms de survivants du Titanic à bord de votre vapeur.
                                            SUMNER.

     J’ai envoyé ça au nom de Mr. Sumner, pensant qu’il aurait plus d’effet qu’en mon propre nom.
     Sénateur SMITH.  Il représentait la Cunard Co. ?
     Mr. FRANKLIN.  Il est l’agent de la Cunard Co. Il a envoyé un représentant pour nous dire que nous pouvions utiliser son nom.
     Sénateur SMITH.  Avez-vous reçu une réponse à cela ?
     Mr. FRANKLIN.  Je n’ai jamais reçu de communication directe du capitaine du Carpathia à notre destination.
     Sénateur SMITH.  Avez-vous reçu des communications de lui passant par Cape Race ?
     Mr. FRANKLIN.  Seulement les noms des passagers.
     Sénateur SMITH.  Ou par le biais d’un autre navire ?
     Mr. FRANKLIN.  Non, monsieur. Nous pensons que les noms des passagers nous ont été envoyés par le biais de l’Olympic d’abord, puis directement ensuite.
     Sénateur SMITH.  Maintenant, Mr. Franklin, avez-vous eu une discussion lundi avec Mr. Marconi ou Mr. Sammis ?
     Mr. FRANKLIN.  Je n’ai jamais vu Mr. Sammis jusque, je pense, à ce qu’il apparaisse lors de l’enquête de samedi. Je ne lui ai jamais parlé de ma vie, je n’ai jamais eu de discussion avec lui du mieux que je le sache ou le croie.
     Sénateur SMITH.  Savez-vous, de votre propre connaissance, ou de toute autre manière, si on a incité au silence au sujet de la catastrophe Mr. Cottam, l’opérateur du Carpathia, ou Mr. Bride, l’opérateur survivant du Titanic.
     Mr. FRANKLIN.  Je ne le sais certainement pas, et je ne sais rien, absolument rien, au sujet d’une censure de la télégraphie sans fil, dans quelque direction.
     Sénateur SMITH.  Qui était la première personne que vous avez vue au débarquement du Carpathia ?
     Mr. FRANKLIN.  La première personne que j’ai vue ?
     Sénateur SMITH.  Parmi les officiers de l’une ou l’autre des compagnies.
     Mr. FRANKLIN.  La première personne après que le Carpathia a accosté, et que je vous ai quitté pour gravir la passerelle, que je me souviens avoir vu, ou qui m’ait fait une quelconque impression, est le capitaine du Carpathia, comme je rentrais dans la structure du pont supérieur.
     Sénateur SMITH.  Êtes-vous allé directement à la structure du pont supérieur ?
     Mr. FRANKLIN.  Je n’étais jamais allé sur le Carpathia avant, n’avais aucune idée d’où j’allais ; mais j’ai pensé que j’allais dans la bonne direction, et je me suis retrouvé face au capitaine dans la coursive.
     Sénateur SMITH.  Où êtes-vous allé depuis le pont supérieur ?
     Mr. FRANKLIN.  J’ai rencontré le capitaine dans la coursive du pont supérieur, et lui ai demandé si je pouvais voir Mr. Ismay, et il m’a emmené directement dans la cabine de Mr. Ismay.
     Sénateur SMITH.  Durant ce temps avez-vous vu l’un ou l’autre des opérateurs radio ?
     Mr. FRANKLIN.  Non.
     Sénateur SMITH.  Durant ce temps, avez-vous vu soit Mr. Marconi, soit Mr. Sammis, ou tout autre représentant de la société Marconi ?
     Mr. FRANKLIN.  Non.
     Sénateur SMITH.  Ce que vous dites doit faire comprendre au comité qu’aucune communication de vous ou de tout autre de vos subordonnés, à votre demande, ou par votre permission, n’a tenté d’aucune façon de contrôler la conduite de l’un ou l’autre des opérateurs radio.
     Mr. FRANKLIN.  Très catégoriquement.
     Sénateur SMITH.  Est-ce que le capitaine vous a accompagné dans la cabine de Mr. Ismay ?
     Mr. FRANKLIN.  Mes souvenirs sont que le capitaine m’a accompagné à la cabine de Mr. Ismay, a frappé à la porte, puis je suis rentré.
     Sénateur SMITH.  Combien de temps y êtes-vous resté ?
     Mr. FRANKLIN.  J’y suis resté, je suppose, environ – je ne dirais pas plus de – 10 minutes quand j’ai entendu que le sénateur Newlands et vous-même étiez ici. Je suppose que ça a duré 10 minutes.
     Sénateur SMITH.  Durant ce temps, y a-t-il eu quoi que ce soit de dit entre vous et Mr. Ismay au sujet des opérateurs radio ?
     Mr. FRANKLIN.  Pas un mot.
     Sénateur SMITH.  Est-ce que Mr. Ismay a fait une suggestion disant que les opérateurs devraient se retenir de parler ?
     Mr. FRANKLIN.  Pour autant que je le sache et le croie, Mr. Ismay n’a jamais mentionné un opérateur radio durant ce moment, ni quoique ce soit le concernant.
     Sénateur SMITH.  Jusqu’ici vous n’avez pas lu de communication venant du Carpathia ?
     Mr. FRANKLIN.  La seule communication que j’ai eue du Carpathia est celle que nous avons reçue de la Cunard Line et qui dit ceci –
     Sénateur SMITH.  Où est-elle datée ?
     Mr. FRANKLIN.  16 avril, juste ici [indique]. C’est une simple copie. Un des hommes de la Cunard Line a apporté le message, si je me souviens bien, et un de nos hommes a fait une copie, juste sur un télégramme. Il ne nous était pas adressé.
     Sénateur SMITH.  Où est-il daté ?
     Mr. FRANKLIN.  Il est daté dans le coin supérieur, 16 avril. C’est juste un mémorandum : « 7 h 55 ». C’est le contenu d’un message, pas d’heure donnée sur le message. Il vient du Carpathia, le capitaine Rostron à la Cunard Line.
« Carpathia, à Cunard Line. » Une copie de leur message ; juste une copie au crayon. [Lisant :]

7 h 55              
NEW YORK, latitude 41.15 ; longitude 50.20 ouest – Me dirige vers New York sauf ordre contraire, avec environ 800 personnes, après avoir consulté Mr. Ismay et considéré les circonstances. Avec tant de glaces alentour, considérons New York meilleur choix. Gros nombre d’icebergs, et champ de glace de 20 miles avec icebergs en son sein.

     Du mieux de ma connaissance et croyance ce message est la première chose que nous avons eue d’aucun moyen, forme ou manière du Carpathia, et c’était par le biais de la Cunard Line.
     Sénateur SMITH.  Avez-vous reçu un autre message d’eux après ça ?
     Mr. FRANKLIN.  Non, monsieur.
     Sénateur SMITH.  Ni directement, ni par le biais de la Cunard Line ?
     Mr. FRANKLIN.  Nous téléphonions à la Cunard Line, nous étions en communication téléphonique avec eux fréquemment, et demandions s’ils avaient des informations, et ce qu’ils avaient ils nous le donnaient ; cependant, leurs informations étaient très maigres, et ils essayaient en permanence d’avoir des informations du Carpathia et n’y arrivaient pas. C’est ce qu’ils nous rapportaient. Si vous me permettez de le suggérer, je pourrais avoir l’original du message.
     Sénateur SMITH.  Je le veux.
     Mr. FRANKLIN.  Vous devrez l’obtenir de la Cunard Line.
     Sénateur SMITH.  Je comprends. À présent, Mr. Franklin, êtes-vous familier avec les dispositions prises pour la sécurité des passagers et de l’équipage des navires opérant pour les compagnies dont vous êtes le vice-président ?
     Mr. FRANKLIN.  Je n’y suis pas familier de façon détaillée et je n’ai pas de connaissance technique de la sorte ; ce n’est pas de notre ressort. En vérité nous sommes des agents aux États-Unis pour les affaires des compagnies. Les compagnies ne sont pas domiciliées ici, dans le sens où le superintendant de marine, le superintendant mécanicien et le superintendant d’avitaillement sont tous basés à l’étranger, et ces instructions viennent toutes de ces gens.
     Sénateur SMITH.  De quel département de la direction de votre compagnie ou de vos affaires, si vous le savez, pourrions-nous obtenir cette information ?
     Mr. FRANKLIN.  Quelle information, exactement, sénateur ?
     Sénateur SMITH.  Concernant l’équipement de votre navire ?
     Mr. FRANKLIN.  Les dispositifs de sauvetage ?
     Sénateur SMITH.  Dispositifs de sauvetage, bouées et autres dispositifs prévus pour minimiser le danger du voyage en mer.
     Mr. FRANKLIN.  Votre certificat du Board of Trade couvre très largement tout cela.
     Sénateur SMITH.  C’est-à-dire, le Board of Trade britannique ?
     Mr. FRANKLIN.  C’est-à-dire, le Board of Trade britannique. Ensuite toute information supplémentaire concernant les détails à ce sujet ne pourrait vous être donnée de façon pertinente que par un représentant du Board of Trade britannique ou un de nos superintendants de marine.
     Mr. BURLINGHAM.  Ou les constructeurs.
     Mr. FRANKLIN.  C’est vrai, mais ça pourrait être modifié une douzaine de fois.
     Sénateur SMITH.  Est-ce que la compagnie construit ses propres navires ?
     Mr. FRANKLIN.  Non, monsieur ; une grande majorité des navires de la compagnie ont été construits par Messrs. Harland & Wolff sur la base d’un pourcentage.
     Sénateur SMITH.  À Belfast ?
     Mr. FRANKLIN.  À Belfast. Mais il n’y a eu aucune économie de leur part, d’aucune manière.     
     Sénateur SMITH.  Harland & Wolff sont-ils une entreprise ?
     Mr. FRANKLIN.  Une entreprise.
     Sénateur SMITH.  Une entreprise anglaise ?
     Mr. FRANKLIN.  Une entreprise anglaise.
     Sénateur SMITH.  Est-ce que la compagnie, pour autant que vous le sachiez, ou un cadre ou administrateur, a un intérêt quelconque dans la compagnie de construction ?
     Mr. FRANKLIN.  Je n’ai entendu parler d’aucun.
     Sénateur SMITH.  Avez-vous un intérêt personnellement ?
     Mr. FRANKLIN.  Pas un centime.
     Sénateur SMITH.  Savez-vous si Mr. Ismay a ou non un intérêt ?
     Mr. FRANKLIN.  Je ne le sais pas.
     Sénateur SMITH.  Le siège d’Harland & Wolff est à Belfast ?
     Mr. FRANKLIN.  À Belfast.
     Sénateur SMITH.  Avez-vous un registre officiel des officiers et de l’équipage du Titanic quand il a quitté Southampton ?
     Mr. FRANKLIN.  Nous avons télégraphié pour en avoir un.
     Sénateur SMITH.  Le fournirez-vous au comité ?
     Mr. FRANKLIN.  Oui, monsieur.
     Sénateur SMITH.  Quand pouvons-nous espérer l’avoir ?
     Mr. FRANKLIN.  Je pense que le câble est parti samedi, sénateur ; mais nous ne sommes pas passés dans nos bureaux depuis.
     Sénateur SMITH.  Avez-vous une liste officielle des officiers et membres d’équipage et passagers du Titanic le jour où il est parti de Southampton ?
     Mr. FRANKLIN.  Non, monsieur ; mais nous avons câblé pour en avoir des officiers et membres d’équipage selon votre suggestion.
     Sénateur SMITH.  Et des passagers ?
     Mr. FRANKLIN.  Non.
     Sénateur SMITH.  Je voudrais les passagers.
     Mr. FRANKLIN.  Nous avons un câble donnant les noms des passagers. Je ne suis pas certain qu’il recouvre toute la première classe ou non ; mais je ferai en sorte que vous l’ayez.
     Sénateur SMITH.  Je voudrais qu’il couvre tout.
     Mr. FRANKLIN.  Oui.
     Sénateur SMITH.  Tous les passagers, que ce soit de première, deuxième ou troisième classe.
     Mr. FRANKLIN.  Nous vous fournirons les noms des officiers, de l’équipage et des passagers.
     Sénateur SMITH.  De plus de telles données permettront au comité de savoir où ils vivent, leurs noms complets et leurs adresses. Je crois que c’est une précaution prise par les compagnies maritimes, n’est-ce pas, pour assurer la fiabilité ?
     Mr. FRANKLIN.  Ces registres sont tenus par les autorités de l’immigration ; mais en règle générale ils sont embarqués sur le navire. Ils font un effort pour les avoir avant le départ, mais ils ne sont jamais complets. Ils sont terminés sur le navire, et j’ai bien peur qu’ils aient été détruits avec le navire mais nous vous donnerons ce que nous avons.
     Sénateur SMITH.  Vous pouvez avoir les voyages – les réservations – des passagers, n’est-ce pas ?
     Mr. FRANKLIN.  Nous pouvons avoir les réservations effectives. Nous pouvons avoir les nombres d’East Cort, Southampton, Cherbourg, et Queenstown dans chaque classe.
     Sénateur SMITH.  Et l’endroit où chacun était situé sur le navire, quand il s’agit de cabines, ou autrement ?
     Mr. FRANKLIN.  Je ne pense pas que nous pouvons faire ça.
     Sénateur SMITH.  Je voudrais que vous essayiez.
     Mr. FRANKLIN.  Nous essaierons.
     Sénateur SMITH.  Savez-vous s’il y a des archives, documents ou parties de l’équipement du navire qui ont été sauvés ?
     Mr. FRANKLIN.  Je n’ai entendu parler de rien qui ait été sauvé.
     Sénateur SMITH.  Savez-vous si le livre de bord du navire a été sauvé ?
     Mr. FRANKLIN.  Je ne le sais pas.
     Sénateur SMITH.  Avez-vous entendu quoi que ce soit à ce sujet ?
     Mr. FRANKLIN.  En effet.
     Sénateur SMITH.  De la bouche de qui ?
     Mr. FRANKLIN.  Du deuxième officier.
     Sénateur SMITH.  De quelqu’un d’autre ?
     Mr. FRANKLIN.  Mais une minute. Vous aviez vous-même un officier à la barre. C’est l’homme dont je parle.
     Mr. BURLINGHAM.  C’était le troisième officier.
     Sénateur SMITH.  J’ai interrogé Mr. Crawford.
     Mr. FRANKLIN.  C’est le seul homme de qui nous l’avons entendu.
     Sénateur SMITH.  Vous n’avez pas posé la question, vous-même ?
     Mr. FRANKLIN.  Je n’ai pas échangé un mot avec un officier ou un membre de l’équipage.
     Sénateur SMITH.  Depuis le débarquement de l’équipage ?
     Mr. FRANKLIN.  Depuis le débarquement du navire, à part pour dire « bonjour ».
     Sénateur SMITH.  Du Carpathia ?
     Mr. FRANKLIN.  Du Carpathia.
     Sénateur SMITH.  Pouvez-vous obtenir pour le comité les plans et spécifications pour la construction du navire ?
     Mr. FRANKLIN.  Je peux obtenir tout ce que l’Oceanic Steam Navigation Co., les propriétaires du navire, avait. Ces navires sont construits par Messrs. Harland & Wolff sur la base d’une commission. Mais leurs spécifications à ce sujet sont établies avec le même grand détail qui est ordinairement appliqué pour les navires construits sous contrat.
     Sénateur SMITH.  Pourrez-vous, par le biais des cadres de votre compagnie en Angleterre, entreprendre d’obtenir d’Harland & Wolff les plans et spécifications qui ont été suivis pour la construction de ce navire ?
     Mr. FRANKLIN.  Nous le ferons, monsieur.
     Sénateur SMITH.  Vous parlez de la base d’un pourcentage.
     Mr. FRANKLIN.  Tout à fait.
     Sénateur SMITH.  Que voulez-vous dire par là ?
     Mr. FRANKLIN.  Ils nous font payer pour chaque navire son coût, plus un certain pourcentage de commission pour eux.
     Sénateur SMITH.  C’est-à-dire, vous adoptez le plan et autorisez la construction du navire, en prenant la responsabilité de son coût total, plus le bénéfice ou pourcentage qui va aux constructeurs en plus ou au-dessus de son coût effectif.
     Mr. FRANKLIN.  C’est tout à fait cela. Bien entendu, ils nous donnent une estimation, de ce que je comprends ; ils donnent à la compagnie qui commande le navire une estimation approximative de ce que représentera le coût.
     Sénateur SMITH.  Avez-vous un de vos propres ingénieurs qui supervise ce travail ?
     Mr. FRANKLIN.  Tout cela se fait à l’étranger, et est contrôlé par la compagnie qui possède directement le navire, qui dispose sans aucun doute d’un ingénieur.
     Sénateur SMITH.  Qui était Mr. Anderson qui a péri sur le Titanic ?
     Mr. FRANKLIN.  Je ne connais pas de Mr. Anderson.
     Sénateur SMITH.  Andrews ?
     Mr. FRANKLIN.  Mr. Thomas Andrews était l’un des plus importants hommes employés par Messrs. Harland & Wolff, qui ont construit le Titanic.
     Sénateur SMITH.  Il était leur représentant à bord de ce navire ?
     Mr. FRANKLIN.  Il était leur représentant à bord de ce navire.
     Sénateur SMITH.  Pour le voyage d’essais ?
     Mr. FRANKLIN.  Pour le voyage inaugural, je dirais.
     Sénateur SMITH.  Le voyage inaugural ?
     Mr. FRANKLIN.  Le voyage inaugural.
     Sénateur SMITH.  Et je suppose durant les essais ?
     Mr. FRANKLIN.  Ça, je ne le sais pas ; mais je suppose que oui. Je ne sais pas.
     Sénateur SMITH.  Je crois que quelqu’un en a témoigné l’autre jour.
     Mr. FRANKLIN.  Je ne sais pas.
     Sénateur SMITH.  Est-ce que les navires sont certifiés selon une des sociétés de certification reconnues ?
     Mr. FRANKLIN.  Ils dépassent de loin les demandes des sociétés de certification. Ils pourraient être certifiés n’importe quand. Chaque fois qu’il a été nécessaire de certifier l’un d’entre eux, cela a été fait sans aucune difficulté.
     Sénateur SMITH.  Avez-vous une assurance pour les navires ?
     Mr. FRANKLIN.  Oui, monsieur.
     Sénateur SMITH.  Par qui vos navires sont-ils conçus ?
     Mr. FRANKLIN.  Ces questions que vous me posez, sur qui a conçu le navire, etc., je veux que vous compreniez bien qu’elles ne relèvent pas du tout de ma juridiction.
     Sénateur SMITH.  Je comprends. Je veux savoir de quelles informations vous disposez.
     Mr. FRANKLIN.  Mes informations, pour ce que j’ai vu moi-même, sont que les navires sont réellement conçus par les gens de chez Messrs. Harland & Wolff, et soumis à Ismay et à la compagnie, et examinés avec eux en permanence, pas seulement au moment de la conception, mais aussi durant le cours de la construction. On leur accorde la plus grande attention et considération, de tout point de vue.
     Sénateur SMITH.  Quel était le prix du navire pour votre compagnie ?
     Mr. FRANKLIN.  En arrondissant, il a coûté un million cinq-cent-mille et quelques –  
     Sénateur SMITH.  Vous ne voulez pas dire un million –
     Mr. FRANKLIN.  Si ; je vous donne le total en livres.
     Sénateur SMITH.  En livres ?
     Mr. FRANKLIN.  Oui.
     Sénateur SMITH.  Un million cinq-cent-mille et quelques milliers de livres.
     Sénateur BOURNE.  Est-ce la totalité ?
     Mr. FRANKLIN.  Oui ; et équipé.
     Sénateur SMITH.  Cela comprenait tout son équipement, de tout type et de toute sorte ?
     Mr. FRANKLIN.  Oui, monsieur.
     Sénateur SMITH.  Si vous le savez, pouvez-vous dire au comité sa capacité de tonnage ?
     Mr. FRANKLIN.  Je ne pourrais pas vous dire sa capacité de tonnage. Son tonnage brut était d’environ 45 000 tonneaux.
     Sénateur SMITH.  C’était le plus grand navire jamais construit pour votre compagnie ?
     Mr. FRANKLIN.  Oui, monsieur ; ce navire jaugeait quasiment 46 000 tonneaux.
     Sénateur SMITH.  Quel est le suivant du point de vue du tonnage ?
     Mr. FRANKLIN.  L’Olympic, qui est plus près des 45 000 tonneaux.
     Sénateur SMITH.  En plus des plans et spécifications que j’ai demandés, je pense qu’il serait désirable pour le comité d’avoir des données sur la stabilité du Titanic, que ce soit quand il est chargé, déchargé, et endommagé.
     Mr. FRANKLIN.  Je peux essayer de les avoir de Messrs. Harland & Wolff.
     Sénateur SMITH.  De votre propre connaissance, pouvez-vous répondre à ça ?
     Mr. FRANKLIN.  Non, monsieur ; je ne pourrais pas. Je peux vous donner le tonnage brut maintenant, exactement, si vous le désirez.
     Sénateur SMITH.  Faites, je vous prie.
     Mr. FRANKLIN.  Quarante-six-mille-trois-cent-vingt-huit tonneaux. Tonnage net enregistré : 21 831.
     Sénateur SMITH.  Combien de passagers pourrait accueillir ce navire, selon vos plans, en toute sécurité ?
     Mr. FRANKLIN.  En chiffres ronds, je dirais, pour les premières, deuxièmes et troisièmes classes, environ 2 200 ou 2 300 passagers.
     Sénateur SMITH.  Combien en première classe ?
     Mr. FRANKLIN.  Je me référais à l’Olympic, ici, sénateur, par erreur. Je dirais environ 2 500 passagers pour le Titanic.
     Sénateur SMITH.  Un moment alors. Est-ce que le chiffre que vous mentionnez donne la capacité en passagers de l’Olympic ?
     Mr. FRANKLIN.  Oui, monsieur ; c’est la capacité en passagers de l’Olympic.
     Sénateur SMITH.  Donnez-nous la capacité en passagers du Titanic.
     Mr. FRANKLIN.  Je ne pourrais pas vous la donner, moi-même. Je dirais environ 750 premières, comme on le remplirait. Si chaque couchette était occupée, il en transporterait plus, mais comme on le chargerait, environ 750 de première classe, environ 500 de seconde classe, et environ 1 100 troisième classe, ou 1 200 troisième classe.
     Cela dépendrait totalement de comment vous vendez vos cabines en première et deuxième classe.
     Sénateur SMITH.  Pouvez-vous, pour l’information de ce comité, nous dire comment cette distinction se fait dans les installations ?
     Mr. FRANKLIN.  La distinction se fait, en premier lieux, à l’intérieur de la structure ; il y a des partitions ou des portes dans les coursives.
     Sénateur SMITH.  Comment les appelle-t-on ?
     Mr. FRANKLIN.  Que voulez-vous dire ? On les appelle des cloisons avec des portes.
     Sénateur SMITH.  Oui.
     Mr. FRANKLIN.  Puis, à certains endroits sur les ponts supérieurs  –
     Sénateur SMITH.  Y a-t-il des couchettes en bas ?
     Mr. FRANKLIN.  Oui ; je parle des endroits en bas du navire, là où sont les cabines.
     Sénateur SMITH.  Exactement.
     Mr. FRANKLIN.  Puis sur les ponts supérieurs, l’espace peut être séparé par une rambarde, ou sur certains navires par des ponts du coffre, qui séparent les structures.
     Sénateur SMITH.  Oui.
     Mr. FRANKLIN.  C’est la seule chose.
     Tout l’équipement est totalement différent. Il y a différentes installations, vous savez.
     Sénateur SMITH.  Quelle est la différence du coût de transport entre Southampton et New York, s’il y en a, dans ces différentes classes ?
     Mr. FRANKLIN.  Cela varie. Les navires sont évalués. Chaque navire est évalué avec un tarif minimum en première et deuxième classe.
     Sénateur SMITH.  Je parle spécifiquement du Titanic.
     Mr. FRANKLIN.  Très bien, monsieur. Vous souhaitez comparer le Titanic avec quel navire ?
     Sénateur SMITH.  Je ne veux pas le comparer à un navire. Je voudrais savoir, si vous pouvez me le dire, ce que cela coûte à un passager d’aller de Southampton à New York en première, deuxième et troisième classe.
     Mr. FRANKLIN.  C’est là où j’essayais d’arriver.
     Mr. BURLINGHAM.  Sur le Titanic.
     Mr. FRANKLIN.  Dans le cas du Titanic, le tarif minimum auquel le Titanic aurait transporté un passager de première classe était de 125 $. C’était le tarif minimum.
     Sénateur SMITH.  Cela inclut quoi ?
     Mr. FRANKLIN.  Cela inclut tout. Cela inclut une couchette, avec une ou deux autres personnes, ou quelque chose de ce genre ; pas une cabine pour une personne seule.
     Sénateur SMITH.  Et cela inclut aussi les repas ?
     Mr. FRANKLIN.  Aussi les repas ; tout. Cela inclut tout. C’est tout compris.
     Sénateur SMITH.  Et le service ?
     Mr. FRANKLIN.  Et le service. Cela inclut tout. Pour autant que le tarif de deuxième classe soit compris, je crois que c’était 66 $ sur la même base, en incluant tout. Le tarif de troisième classe était d’environ 40 $.
     Sénateur SMITH.  Et en ce qui concerne l’entrepont ?
     Mr. FRANKLIN.  C’est ce que je dis ; le tarif en troisième classe ou entrepont était d’environ 40 $. Cela varie.
     Sénateur SMITH.  Et je voudrais aussi vous demander à propos de leurs installations. Pouvez-vous les décrire ?
     Mr. FRANKLIN.  Elles sont séparées de la même manière, soit sous un pont, soit par une cloison avec des portes ; et quand vous montez sur le pont supérieur, il y a certains espaces sur le navire qui sont séparés par des barrières.
     Sénateur SMITH.  Avez-vous déjà vu le Titanic ?
     Mr. FRANKLIN.  Jamais. Je ne suis jamais monté à bord.
     Sénateur SMITH.  Vous avez des descriptions précises de lui, je suppose ?
     Mr. FRANKLIN.  J’ai vu des photographies de lui, et ainsi de suite.
     Sénateur SMITH.  Je suppose que votre bureau avait été totalement informé de ses caractéristiques générales ?
     Mr. FRANKLIN.  Oui, mais bien entendu, nous n’avions pas été aussi pleinement informés sur le Titanic, car nous avions déjà l’Olympic, et que le Titanic était pratiquement un jumeau de l’Olympic.
     Sénateur SMITH.  J’ai cru comprendre que vous avez dit ne pas avoir reçu du tout de messages du Carpathia jusqu’au message du Capitaine Rostron à la Cunard Line ?
     Mr. FRANKLIN.  En effet : nous avons appelé plusieurs fois. Nous avons appelé le Département de la Navy à Newport, et leur avons demandé s’ils ne pouvaient pas appeler le capitaine du Carpathia par radio par le biais d’un vapeur de la Navy qui allait par là-bas, le Salem, pour essayer d’avoir plus d’informations à propos des passagers de troisième classe et membres d’équipage à bord du Carpathia.
     Nous essayions par toutes les voies, par la Cunard Line, par le Département de la Navy, par toute source d’information à laquelle nous pouvions penser, pour obtenir des informations sur les troisièmes classes et l’équipage à bord du Carpathia, pour avoir leurs noms.
     Sénateur SMITH.  Est-ce que ce bureau de Newport est un bureau postal de la société Marconi ?
     Mr. FRANKLIN.  Non, monsieur ; c’est une base de torpilleurs des États-Unis, si j’ai bien compris.
     Sénateur SMITH.  Et vous avez appelé par le biais de cette station ?
     Mr. FRANKLIN.  Nous avons téléphoné ; oui, trois ou quatre fois.
     Sénateur SMITH.  Avez-vous eu des résultats ?
     Mr. FRANKLIN.  Selon mes souvenirs nous avons eu des réponses téléphoniques à un ou deux de ces messages – que le capitaine avait rapporté avoir fait tout ce qu’il pouvait.
     En voici une ici :

Message délivré à Carpathia via Chester. Chester répond que liste complète de cargaison et passagers de deuxième classe et équipage a été envoyée à terre par Carpathia. Chester déclare qu’il enverra liste des passagers de première classe quand reçue de Carpathia. Chester en communication avec Carpathia.

     Il est signé «  Base de Torpilleurs » et adressé à « White Star Line, New York ». Il vient de Newport, 17 avril 1912.
     Sénateur SMITH.  Je voudrais qu’il soit marqué pour identification.
     Le télégramme concerné a été annoté par le sténographe « F. R. H. No. 1, 22 avril 1912. »
     Mr. FRANKLIN.  En voici un autre adressé à « White Star Line », de Newport., R. I., 17 avril, disant:

WHITE STAR LINE, N. Y. C.:
Chester rapporte communication répétée avec Carpathia. Demande à Carpathia liste de passagers de troisième classe. Requête sans réponse. Essaiera à nouveau. Carpathia en contact avec stations terrestres.

     Et il est signé « Base de Torpilleurs ». Il a été reçu le 17 avril.
     Notre totale préoccupation à ce moment était d’avoir le nom des gens.
     Voici un autre télégramme de la base de torpilleurs :

Passagers du Titanic sur Carpathia. Liste incomplète. Communication interrompue. Ferons suivre autres informations en les recevant. Envoyons expression de vos souhaits.

     Il est adressé « White Star Line » et signé « Base de Torpilleurs ».
     Sénateur SMITH.  Quelle date porte-t-il ?
     Mr. FRANKLIN.  Il est daté de Newport, 17 avril 1912, 4 h 36 du matin.
     Sénateur SMITH.  Savez-vous quoi que ce soit sur une tentative de la part du Président des États-Unis d’entrer en communication avec le Carpathia ?
     Mr. FRANKLIN.  Non, monsieur. Nous avons eu quelques télégrammes du Président concernant le Major Butt, et nous y avons répondu aussi vite que nous avons pu. C’est tout.
     Sénateur SMITH.  Je voudrais que ce procès-verbal montre si vous-même ou un cadre de votre compagnie, à n’importe quel moment avant l’arrivée du Carpathia, avez reçu un message d’une personne demandant que le Cedric soit retenu à New York jusqu’à l’arrivée du Carpathia ?
     Mr. FRANKLIN.  Oui, monsieur.
     Sénateur SMITH.  De qui ?
     Mr. FRANKLIN.  Voici un télégramme : « Vapeur Carpathia, 17 avril 1912. »
     Sénateur SMITH.  Quelle est l’heure ?
     Mr. FRANKLIN.  17 h 35 est marqué ici.

Très souhaitable équipage Titanic à bord Carpathia soit rapatrié le plus tôt possible. Suggère que vous reteniez Cedric, pour le faire partir vendredi à l’aube à moins que vous voyiez raison contraire. Propose de rentrer à son bord moi-même. Veuillez s’il vous plait envoyer des vêtements, chaussures comprises, pour moi sur le Cedric. N’ai plus rien à moi. Merci de répondre.
                                                                   YAMSI.

Un mot de ce télégramme est écrit « and » [et]. Je l’ai lu comme « any  » [des], car il n’y a pas de doute que c’est ce que c’était. Il était souligné quand il m’a été remis, montrant que c’était de façon évidente une faute.
     Sénateur SMITH.  Quel type de signature codée ou cryptée est-ce ?
     Mr. FRANKLIN.  C’est la signature ou le code de Mr. Ismay.
     Sénateur SMITH.  Des réponses y ont-elles été faites ?
     Mr. FRANKLIN.  Nous l’avons envoyé à  « Ismay, Carpathia. » 17 avril 1912, 20 h.
     Sénateur SMITH.  À quelle date était-ce ?
     Mr. FRANKLIN.  17 avril. C’est en réponse à cet autre.
     Sénateur SMITH.  C’était mercredi ?
     Mr. FRANKLIN.  C’était mercredi soir. Voulez-vous que je le lise ?
     Sénateur SMITH.  Oui, s’il vous plait.
     Mr. FRANKLIN.  (lisant) :

ISMAY, Carpathia:
Me suis arrangé pour faire partir équipage sur Lapland, partant samedi, escale à Plymouth. Considérons tous comme très peu judicieux de retarder Cedric au vu toutes circonstances.

     Sénateur SMITH.  Qui a envoyé ceci ?
      Mr. FRANKLIN.  Il est signé « Franklin ».
      Sénateur SMITH.  Avez-vous eu une réponse à cela ?
       Mr. FRANKLIN.  Je crois que le meilleur moyen est juste de lire tous ces télégrammes comme ils viennent.
      Sénateur SMITH.  Je souhaiterais que vous le fassiez.
      Mr. FRANKLIN.  Ils sont un peu mélangés.
     Sénateur SMITH.  Je veux cette histoire dans le procès-verbal.
      Mr. FRANKLIN.  Le meilleur moyen est de lire tous ces télégrammes comme ils viennent ici, et ne pas dire lequel est la réponse.
     Sénateur SMITH.  Très bien. Poursuivez simplement, en gardant à l’esprit que nous voulons la date et la personne par qui et à qui le télégramme a été envoyé, et la signature.
      Mr. FRANKLIN.  Je le ferai.
       Sénateur SMITH.  Donnez-les par ordre chronologique, si possible.
      Mr. FRANKLIN.  J’ai un léger doute à ce propos ; mais au mieux de ma connaissance et croyance ils sont dans l’ordre. [Lisant :]

                Envoyez officier de navigation responsable et 14 marins White Star dans 2 remorqueurs –

     Sénateur SMITH.  Vous ne nous avez pas donné le nom de la personne à qui ce message est adressé.
     Mr. FRANKLIN.  C’est via Woods Hole, Mass., vapeur Carpathia, via Siasconset, Mass, et adressé à « Islefrank, New York ». C’est notre adresse de câble, ou l’une d’elles.
     Sénateur SMITH.  Vous communiquiez par le biais d’une station du gouvernement ?
     Mr. FRANKLIN.  Nous n’y prêtions pas attention. Nous remplissions les messages avec les gens de la radio, et nous ne nous intéressions pas à comment ils partaient.  [Lisant :]

Envoyez officier de navigation responsable et 14 marins White Star dans 2 remorqueurs pour prendre en charge 13 canots Titanic à quarantaine.
                                                                                   YAMSI.
                               5 h 35

     Je ne vois pas de date ici.
      Sénateur SMITH.  Pardonnez-moi, juste ici. Est-ce que « Yamsi » est une signature enregistrée – une signature déjà utilisée avant – ou était-elle utilisée pour la première fois à ce moment ?
     Mr. FRANKLIN.  C’est une signature enregistrée à l’étranger, et c’est une signature dont nous savons tous qu’elle est l’adresse de Mr. Ismay. Qu’elle soit enregistrée à New York ou pas, je ne pourrais le dire, mais elle n’est pas trop utilisée par nous ici. Elle est pleinement utilisée de l’autre côté.
       Sénateur SMITH.  Et cela indique quoi ?
      Mr. FRANKLIN.  Cela indique que si vous envoyez un télégramme adressé à « Yamsi, Liverpool », il sera délivré à Mr. Ismay lui-même.
     Sénateur SMITH.  Oui ; et s’il est signé « Yamsi », qu’est-ce que cela indique ?
     Mr. FRANKLIN.  Cela indique qu’il a été envoyé par Mr. Ismay.
     Sénateur SMITH.  Très bien.
      Mr. FRANKLIN.  C’est ainsi que je le comprends. Ce n’est pas le mot que nous utilisons en général ici.
      Ce télégramme est adressé au vapeur Carpathia, Woods Hole, Mass, 18 avril, adressé à Islefrank, New York :

      Veuillez joindre Carpathia quarantaine si possible.
                                                                  YAMSI.
                3 h 35                   

                                                        VAPEUR « CARPATHIA », VIA SIASCONSETTS, MASS.
                                                                                                                            18 avril 1912
                         ISLEFRANK, New York :
                         Très important que vous reteniez Cedric à l’aube vendredi pour équipage Titanic. Répondez.
                                                                      YAMSI.
                         8 h.

                                                                                              VAPEUR « CARPATHIA », 
                                      New York
                ISLEFRANK, New York :
                Très important que vous reteniez Cedric à l’aube vendredi pour équipage Titanic. Répondez.     
                                                                    YAMSI.

                                                     VAPEUR « CARPATHIA », VIA SIASCONSETTS, MASS.
                ISLEFRANK, New York :
Pensons peu judicieux de garder équipage Titanic jusqu’à samedi. Pressons fortement pour retenir Cedric et le faire partir à minuit si désirable.
                                                    YAMSI.

      C’est le 18 avril. Tous ceux-là sont du 18 avril.
     Sénateur SMITH.  C’était jeudi, le 18.
     Mr. FRANKLIN.  Oui, monsieur. [Continuant à lire :]

VAPEUR « CARPATHIA », VIA SIASCONSETTS, MASS.

     Et il y a juste deux chiffres ici : « 18 », après ça. Il ne dit rien d’autre. On lit :

ISLEFRANK, New York :
À moins que vous ayez bonne et solide raison de ne pas retenir Cedric, veuillez vous arranger pour le faire. Très indésirable avoir équipage à New York si longtemps.

     Pas de signature.
     Sénateur SMITH.  À qui était-il adressé ?
     Mr. FRANKLIN.  Il est adressé de la manière habituelle : « Islefrank, New York. »
     Puis ce télégramme :

ISMAY, Carpathia :
Regrettons après totale considération avons décidé Cedric doit naviguer comme prévu. Espérons rejoindre Carpathia à quarantaine, mais ne pouvons retirer canots, car tout est arrangé pour que le vapeur aille au quai immédiatement.

      Signé « Franklin. »
     C’est tout sur ce sujet, monsieur.
     Sénateur SMITH.  Quels sont les autres messages que vous avez ici ?
     Mr. FRANKLIN.  Les autres sont :

Suggérons qu’officiers de navigation seniors survivants préparent courtes déclarations factuelles pour nous à l’arrivée à quarantaine.

     Il est adressé à Mr. Ismay, vapeur Carpathia, et signé « Franklin ».
     Le suivant est celui que j’ai envoyé à Mr. Ismay sur le Carpathia. Et je voudrais dire que je ne pense pas qu’aucun de ceux qui suivent ont été délivrés, que je lis maintenant :

ISMAY, Carpathia.
Concis marconigramme rapportant les faits de l’accident très nécessaire pour éclairer le public et nous-mêmes. Ceci est très important.
                                                  FRANKLIN.

     Il a été envoyé à 16 h 45, le 18 avril.
     Le suivant dit :

VAPEUR « CARPATHIA », VIA SIASNONSETT,
18 avril 1912
ISLEFRANK, New York :
Widener pas à bord. Espère vous voir à quarantaine. Veuillez câbler ma femme que je rentre sur Cedric.
                                                        YAMSI

     Le suivant dit :

BRUCE ISMAY, Carpathia :
Extrêmement désolé qu’autorités me refusent d’embarquer sur vapeur à quarantaine. Avons fait tous les arrangements possibles pour faciliter débarquement des passagers. Vous rencontrerai à quai.
                                                                     FRANKLIN.

     Sénateur SMITH.  Est-ce que ce sont tous les télégrammes que vous avez reçus du Carpathia ou de tout cadre de votre compagnie à bord du Carpathia, ou de tout membre d’équipage ou tout passager ?
     Mr. FRANKLIN.  Oui, monsieur. Chacun d’eux.
     Sénateur SMITH.  S’il vous plait, remettez-les au sténographe.
     Mr. FRANKLIN.  Oui, monsieur. Je voudrais dire, en addition des télégrammes, que nous avons témoigné de ce que nous avons essayé de faire savoir au capitaine notre désir d’informations sur le sujet.
     Sénateur SMITH.  Exactement. Est-ce tout ce que vous avez envoyé ?
     Mr. FRANKLIN.  Non, monsieur. En voici un de plus que je trouve ici.
     Sénateur SMITH.  Lisez-le, s’il vous plait.
     Mr. FRANKLIN.  [Lisant :]

BRUCE ISMAY, Vapeur Carpathia

     Sénateur SMITH.  Quelle est la date, s’il vous plait ?
     Mr. FRANKLIN.  17 avril 1912, 15 h 30.

Très heureux de vous savoir sauvé, mais compatissons avec vous sur cette terrible calamité. Partirai samedi pour rentrer avec vous. Florence, message terminé. Acceptez mes profondes condoléances pour horrible catastrophe. Vous rencontrerai sur Carpathia après accostage. Widener est-il à bord ?
                                                                              FRANKLIN.

     Quand je lis « Florence, message terminé », cela se rapporte à un câble reçu de Mrs. Ismay, à faire suivre à Mr. Ismay. Et ensuite nous mettons ces deux mots, « Message terminé ».
     Sénateur SMITH.  Y a-t-il d’autres messages ici ?
     Mr. FRANKLIN.  Non, monsieur.
     Sénateur SMITH.  Ceux-ci seront archivés avec le comité.
     Mr. KIRLIN. Pouvons-nous faire une suggestion, sénateur ? Je crois que Mr. Franklin a oublié un message, de Mr. Ismay lui-même, annonçant le naufrage. Il n’a pas été reçu avant deux ou trois jours.
     Mr. FRANKLIN.  C’était un message qui n’avait aucun lien avec l’affaire du Cedric. C’était un message reçu de Mr. Ismay.
     Mr. KIRLIN. Quand ?
     Mr. FRANKLIN.  Le message était daté « Vapeur Carpathia, 15 avril », et adressé à « Islefrank ».
     Mr. BIRMINGHAM.  Et reçu quand ?
     Mr. FRANKLIN.  Reçu le 17. [Lisant :]

Profond regret de vous informer que Titanic a coulé ce matin après collision iceberg, résultant en sérieuse perte de vies. Détails suivront.
                                                                              BRUCE ISMAY.
                9 h 58

            Il était évidemment envoyé par Mr. Ismay.
            Sénateur SMITH.  À quelle date ?
            Mr. FRANKLIN.  Je vais vous la donner. Il a été envoyé de façon évidente par Mr. Ismay immédiatement ou très peu de temps après l’accident, mais n’a pas été reçu par nous avant 9 heures le mercredi 17.
            Sénateur SMITH.  Est-ce que ce sont toutes les communications reçues de tous les cadres de votre compagnie ou tous les membres d’équipages ou passagers à bord du Carpathia, du moment du naufrage du Titanic jusqu’à celui où le Carpathia a atteint New York ?
            Mr. FRANKLIN.  Au mieux de ma connaissance et de ce que je crois, ce sont tous les télégrammes.
            Sénateur SMITH.  Nous laisserez-vous les archiver dans le dossier ?
            Mr. FRANKLIN.  Oui.
            Sénateur SMITH.  Savez-vous s’ils ont tous été envoyés ?
            Mr. FRANKLIN.  Bien sûr, ce sont tous ceux que j’ai reçus.
            Vous comprenez, sénateur, qu’ils n’ont rien à voir avec nos télégrammes reçus qui donnaient la liste des passagers.
            Sénateur SMITH.  Je comprends que ce sont des messages d’un type un peu différent.
            Mr. FRANKLIN.  Ce sont les seuls messages que nous avons reçus de tout passager, tout membre d’équipage, tout opérateur Marconi ou quiconque de ce genre sur le Carpathia.
            Sénateur SMITH.  Exactement.
            Mr. FRANKLIN.  Ou envoyés à eux.
            Sénateur SMITH.  Pour des télégrammes de routine, vous adressez-vous à Mr. Ismay comme à « Yamsi » ?
            Mr. FRANKLIN.  Nous n’utilisons jamais, entre ici et Liverpool, ou quand Mr. Ismay est à l’étranger, le mot « Yamsi », du tout. C’est un mot utilisé en Angleterre et à l’étranger. Nous avons connaissance que c’est son adresse qui est utilisée fréquemment en Angleterre, mais pas ici.
            Sénateur SMITH.  Avez-vous des instructions pour utiliser le mot « Yamsi » ou « Ismay » ?
            Mr. FRANKLIN.  Je n’utilise jamais le mot « Yamsi ».
            Sénateur SMITH.  Mais avez-vous de quelconques instructions à ce sujet ?
            Mr. FRANKLIN.  Je n’ai pas d’instructions.
            Sénateur SMITH.  J’ai cru comprendre que vous avez dit que le Cedric est parti en accord avec le dernier télégramme que vous avez envoyé au Carpathia, avant l’arrivée du Carpathia.
            Mr. FRANKLIN.  Le Cedric est parti à midi jeudi.
            Sénateur SMITH.  Et le Carpathia est arrivé à quai à New York quand ?
            Mr. FRANKLIN.  Vers 21 h 30 jeudi.
            Sénateur SMITH.  Est-ce que Mr. Ismay vous a demandé de faire d’autres arrangements pour son départ immédiat pour l’Angleterre ?
            Mr. FRANKLIN.  Je n’ai pas eu de communications de Mr. Ismay à propos de son départ pour l’Angleterre, à part les communications que je vous ai lues ici.
            Mr. Ismay n’a jamais mentionné son départ personnel, à part dans le premier télégramme et le télégramme qu’il nous a demandé de faire suivre à Mrs. Ismay. Il nous a entièrement laissé gérer la question de son départ – pour ce que j’ai compris. Son départ personnel a été laissé à notre responsabilité.
            Sénateur SMITH.  Qu’avez-vous conclu à ce propos ?
            Mr. FRANKLIN.  Nous avons conclu que ce serait une très mauvaise chose de tenter de retenir le Cedric et de presser l’équipage à bord ou d’approuver le départ de Mr. Ismay dans les circonstances présentes, avec lesquelles Mr. Ismay, nous le savions, n’était pas du tout familier. Nous étions ici, et nous entendions les critiques. Nous savions ce qui était dit, mais Mr. Ismay n’avait aucune connaissance ou information à ce propos. Nous avons réalisé la nécessité de faire rentrer l’équipage, qui était simplement ce que nous aurions voulu faire dans tout autre cas de ce genre et ce que tout armateur ferait.
            Sénateur SMITH.  Quand avez-vous pour la première fois eu connaissance de l’enquête officielle qui était proposée ?
            Mr. FRANKLIN.  J’ai pour la première fois été mis au courant de l’enquête officielle, je dirais, je pense que c’était vers deux heures jeudi. Je ne pourrais pas précisément déterminer l’heure, mais je dirais que c’était vers deux heures jeudi.
            Sénateur SMITH.  Avez-vous communiqué ce fait à votre compagnie ?
            Mr. FRANKLIN.  Je ne crois pas que je l’ai fait, j’ai pu l’avoir fait par câble cette nuit à Liverpool après avoir tout terminé.
            Sénateur SMITH.  C’est ce que je veux dire.
            Mr. FRANKLIN.  Oui, monsieur.
            Sénateur SMITH.  Avez-vous communiqué à votre compagnie sur le besoin de faire une enquête officielle ?
            Mr. FRANKLIN.  J’ai pu le faire pour Liverpool cette nuit. Je crois que je l’ai fait.
            Sénateur SMITH.  Et avez-vous communiqué ce fait à Mr. Ismay ?
            Mr. FRANKLIN.  Quand je suis monté sur le Carpathia.
            Sénateur SMITH.  Mr. Franklin, le sénateur Perkins désire vous poser quelques questions.
            Sénateur PERKINS.  Je veux vous demander si le Titanic a été construit sous contrôle du British Lloyd’s et du Bureau Veritas ?
            Mr. FRANKLIN.  Je suis certain qu’il n’a pas été construit sous contrôle du Bureau Veritas, et je ne pense pas qu’il a été construit sous celui du Lloyd’s ; parce que nos navires dépassent largement les critères du Lloyd’s.
            Sénateur PERKINS.  Était-il certifié pour une subvention du Gouvernement ?
            Mr. FRANKLIN.  Oui.
            Sénateur PERKINS.  Il a été construit sous la supervision d’un officier naval, alors ?
            Mr. FRANKLIN.  Pas nécessairement. À mon avis ; c’est une question –
            Sénateur PERKINS.  S’il était certifié pour une subvention, il était nécessaire pour lui d’être construit selon les règles et réglementations du Département de la Marine, si je comprends bien.
            Mr. FRANKLIN.  Il y a des conditions de cette sorte, mais je ne peux pas vous donner d’informations à ce sujet.
            Sénateur SMITH.  Concernant son équipement ?
            Mr. FRANKLIN.  Concernant son équipement. Il devait être en accord avec les règles du Board of Trade.
            Sénateur PERKINS.  En d’autres mots, en accord avec la loi britannique ?
            Mr. FRANKLIN.  Oui ; et son équipement dépassait ces règles.
            Sénateur PERKINS.  Il était totalement équipé en accord des règles du Board of Trade britannique ?
            Mr. FRANKLIN.  Il était équipé au-dessus des règles de la loi du Board of Trade britannique.
            Sénateur PERKINS.  Et c’est basé sur la loi britannique, bien entendu ?
            Mr. FRANKLIN.  Et c’est basé sur la loi britannique, bien entendu.
            Sénateur PERKINS.  En ce qui concerne cette question d’une subvention du Gouvernement, vous n’avez pas connaissance du fait qu’il a été construit sous la direction du Département de la Marine ?
            Mr. FRANKLIN.  Je n’ai pas connaissance de quelles conditions du Département de la Marine sont liées à la subvention. Il y a des dispositions, je crois, en rapport avec le renforcement du navire.
            Sénateur PERKINS.  Tous les navires marchands doivent être construits selon les règlements du British Lloyd’s ?
            Mr. FRANKLIN.  Non, monsieur.
            Sénateur PERKINS. (Continuant). Pour avoir une certification. Ils y sont obligés, dans ce pays.
            Mr. FRANKLIN.  Pas le British Lloyd’s dans ce pays.
            Sénateur PERKINS.  L’American Lloyd’s.
            Mr. FRANKLIN.  Pas nécessairement.
            Sénateur PERKINS.  Ils le doivent, pour profiter des subsides, non ?
            Mr. FRANKLIN.  Cette politique est poursuivie, selon le British Lloyd’s, concernant la construction, très largement par des gens qui exploitent des cargos et autres navires de ce genre ; mais quand on passe à ce genre de navires plus chers et meilleurs, ils sont tellement au-dessus de toutes les réglementations qu’il n’y a rien à tirer à faire cela. Mais ils peuvent toujours être évalués selon ces réglementations si vous voulez qu’ils le soient.
            Pour autant que le Board of Trade soit concerné, en regard à la protection des vies, aucun navire ne peut partir d’Angleterre sans certificat du Board of Trade. C’est la loi en Angleterre.
            Sénateur PERKINS.  Ils ne peuvent quitter la douane sans certificat ?   
            Mr. FRANKLIN.  Non, monsieur. Ils n’auront pas le droit de transporter des passagers à moins qu’ils aient un certificat du Board of Trade.
            Sénateur PERKINS.  Et passé par la douane, bien entendu ?
            Mr. FRANKLIN.  Oui ; et épinglé en évidence à bord du navire.
            Sénateur PERKINS.  C’est tout.
            Mr. FRANKLIN.  Je voudrais établir clairement devant vous que le certificat du Board of Trade qui est selon la loi d’Angleterre est entièrement différent de la classification par le Lloyd’s, qui est une question purement commerciale. L’un est la loi. L’autre est purement une question d’affaires.
            Sénateur PERKINS.  L’un est un ensemble de règles et de régulations ?
            Mr. FRANKLIN.  Les règles et régulations du Board of Trade. C’est la loi. Ce navire dépassait les règles de la loi sous tous les aspects à ce moment.
            Sénateur BOURNE.  Est-ce que la White Star est une compagnie britannique ?
            Mr. FRANKLIN.  L’Oceanic Steam Navigation Co.-
            Sénateur BOURNE.  Je parle de la White Star Line elle-même. Est-ce que la White Star est une entreprise ?
            Mr. FRANKLIN.  C’est une marque ; oui, monsieur.
            Sénateur BOURNE.  C’est juste une marque ?
            Mr. FRANKLIN.  Oui, monsieur.
            Sénateur BOURNE.  L’entreprise est l’Oceanic Steam Navigation Co. ?
            Mr. FRANKLIN.  Oui.
            Sénateur BOURNE.  Propriétaire de la White Star Line ?
            Mr. FRANKLIN.  Oui.
            Sénateur BOURNE.  Une compagnie britannique ?
            Mr. FRANKLIN.  Oui.
            Sénateur BOURNE.  Et les actions sont détenues ici ?
            Mr. FRANKLIN.  Oui, monsieur.
            Sénateur BOURNE.  L’International Mercantile Marine Co. est intéressée dans ces actions, n’est-ce pas ?
            Mr. FRANKLIN.  C’est la compagnie mère.
            Sénateur BOURNE.  Par les compagnies subsidiaires est-ce que la propriété de l’Oceanic Steam Navigation Co. revient à l’International Mercantile Marine ?
            Mr. FRANKLIN.  L’Oceanic Steam Navigation Co. est la compagnie gestionnaire, la propriétaire de la White Star Line. C’est la marque sous laquelle les navires sont exploités.
            Les actions de l’Oceanic Steam Navigation Co. sont possédées par l’International Navigation Co. (Ltd.) d’Angleterre, de Liverpool.
            Sénateur BOURNE.  Et les actions de la compagnie sont possédées par qui ?
            Mr. FRANKLIN.  Elles sont contrôlées et possédées par l’I. M. M. Co., par les actionnaires.
            Sénateur BOURNE.  C’est-à-dire, par l’International Mercantile Marine Co.?
            Mr. FRANKLIN.  L’International Mercantile Marine Co. du New Jersey.
            Sénateur BOURNE.  C’est une société américaine ?
            Mr. FRANKLIN.  C’est une société américaine.
            Sénateur BOURNE.  Est-ce que la direction de l’International Mercantile Marine Co. se fait depuis les États-Unis ou depuis les bureaux de Liverpool ?
            Mr. FRANKLIN.  La politique, la gestion, de ce point de vue, est dictée par le président, Mr. Ismay, dont les bureaux sont à Liverpool.
            Sénateur BOURNE.  C’est-à-dire, la direction pratique ?
            Mr. FRANKLIN.  La direction pratique.
            Sénateur BOURNE.  La direction générale ou la politique générale serait décidée par l’International Mercantile Marine Co., à New York, n’est-ce pas – de leurs bureaux ?
            Mr. FRANKLIN.  Toutes les questions regardant les opérations ou la gestion de la compagnie sont laissées à Mr. Ismay, le président.
            Sénateur BOURNE.  C’est-à-dire, la direction pratique ?
            Mr. FRANKLIN.  Oui.
            Sénateur BOURNE.  Si vous deviez accroître le capital, si vous deviez investir quelques millions dans de nouveaux navires, vous le décideriez à New York, non ?
            Mr. FRANKLIN.  Si nous devions investir quelques millions dans de nouveaux navires, Mr. Ismay –
            Sénateur BOURNE.  (interrompant). Ferait une recommandation ?
            Mr. FRANKLIN.  Il ferait probablement une recommandation.
            Sénateur BOURNE.  Mais la décision viendrait de la compagnie de New York, cependant ?
            Mr. FRANKLIN.  Pas nécessairement.
            Sénateur BOURNE.  Est-ce l’habitude ? Pour la construction du Titanic, qui a décidé de ça ?
            Mr. FRANKLIN.  Pour construire le Titanic ? Je ne pourrais pas vous dire exactement comment ça a été décidé, mais ça a été mené de la sorte : Mr. Ismay, sans aucun doute, a consulté les différents directeurs, et il a été décidé qu’il était désirable de suivre ses recommandations et de construire deux paquebots, l’Olympic et le Titanic. Cela a été approuvé par le conseil d’administration.
            Sénateur BOURNE.  Cela a été décidé par le conseil d’administration à New York ?
            Mr. FRANKLIN.  Ils l’ont fait, en confirmant l’action de Mr. Ismay ; oui, monsieur.
            Sénateur BOURNE.  Ils ont mis en actes l’action ou la recommandation ?
            Mr. FRANKLIN.  Ils ont confirmé son action.
            Sénateur BOURNE.  Il ne pourrait pas avoir entrepris cette action sans leur autorité, n’est-ce pas ? Il ne l’aurait pas fait, dans les faits ?
            Mr. FRANKLIN.  Je ne pense pas qu’il l’aurait fait.
            Sénateur BOURNE.  Non. Y’avait-il un ordre ou une demande envoyée par la direction ou quoi que ce soit lié à l’International Mercantile Marine ou une de ses compagnies subsidiaires pour essayer de faire établir un record de vitesse par le Titanic ?
            Mr. FRANKLIN.  Pas le moindre, et ça ne pourrait jamais être le cas pour un premier voyage. On ne le presserait jamais.
            Sénateur BOURNE. D’après votre expérience résultant du drame du Titanic, avez-vous, ou vos associés, abouti à des conclusions concernant les lois, politiques et réglementations qui, si elles étaient internationalement adoptées, minimiseraient les risques de répétition d’une telle catastrophe ?
            Mr. FRANKLIN.  Je pense que la plus juste réponse que je peux apporter à cette question est celle-ci : que depuis l’accident du Titanic nous avons été absolument submergés, d’abord par les questions relatives au désastre, pour faire tout ce que nous pouvions pour tout le monde, et la seule précaution ou action que nous avons prise est que Mr. Ismay a autorisé, vendredi dernier, et ordonné à nos directeurs à l’étranger d’équiper immédiatement tous les navires de l’I.M.M. Co. avec des canots et radeaux de survie en nombre suffisant pour transporter tous les passagers et membres de l’équipage. Nous ne sommes pas allés plus loin que cela.
            Sénateur BOURNE. Ces nouvelles instructions étaient fondées sur vos conclusions, je suppose, qu’il était impossible de concevoir un navire insubmersible ?
            Mr. FRANKLIN.  Fondées sur la conclusion que personne n’avait jusque-là réalisé qu’un accident de cette sorte aurait pu se produire. Il n’était jamais venu à l’esprit de quiconque qu’un accident de ce genre pouvait survenir. Nous n’y avons jamais pensé jusqu’à ce que nous recevions en premier lieu le message du capitaine Haddock, que le navire pouvait sombrer, et en second lieu, qu’il y aurait des pertes de vies humaines. Ceci a prouvé qu’il fallait prendre en compte une nouvelle donnée – quelque chose que personne n’avait jamais envisagé avant. Ces navires étaient considérés comme de formidables canots de sauvetages en eux-mêmes. Ce navire a été construit comme seulement trois autres navires avaient été construits, et ils sont tous possédés par la White Star Line.
            Sénateur BOURNE. Êtes-vous arrivé à une conclusion, de votre propre chef, établissant qu’un individu était responsable d’une manière ou d’une autre de cette catastrophe ?
            Mr. FRANKLIN.  Je ne vois pas comment on pourrait blâmer quiconque. Vous avez le meilleur commandant ; vous avez tout le monde à bord qui avait un intérêt dans le navire ; il n’y a pas de raison de penser que toutes les précautions n’auraient pas été prises. Vous n’aviez aucune instruction pour forcer le navire ; vous n’aviez rien qui permette de se blâmer, du tout.
            Sénateur BOURNE.  Vous dites que le Titanic a coûté, au total, un million et demi de livres, en arrondissant. Pour combien était-il assuré ?
            Mr. FRANKLIN.  Il était assuré pour, en arrondissant, 1 000 000 £, le poids étant porté par l’I.M.M. Co., selon notre plan de souscription.
            Sénateur BOURNE. Vous dites qu’Harland & Wolff construit vos navires sur la base d’un pourcentage. Ils établissent les plans et vous les soumettent et vous décidez ; et ensuite vos représentants, je suppose, supervisent la construction du navire, et ils reçoivent un pourcentage ajouté au coût ? Donc il est à leur avantage de faire un navire, du point de vue financier, qui coûte le plus possible, n’est-ce pas ?
            Mr. FRANKLIN.  C’est vrai, monsieur.
            Quand vous dites que je fais cela, vous voulez dire, je suppose, que la compagnie, dans ses ramifications, fait cela. Le propriétaire du navire fait cela ; l’armateur.
            Sénateur BOURNE. Oui.
            Mr. FRANKLIN.  Il y a toutes les raisons pour qu’Harland & Wolff se réjouisse de faire tout son possible pour que le navire soit le meilleur, car plus ils y mettent et plus ils reçoivent.
            Sénateur BOURNE.  Quel est le pourcentage habituel que reçoit Harland & Wolff en plus du coût ?
            Mr. FRANKLIN.  Je crois que c’est 5 %. C’est couvert par un accord.
            Sénateur BOURNE. Avez-vous connaissance de si des mesures de précaution ont été prises par les officiers du navire après qu’ils ont reçu connaissance de la présence d’iceberg et de glaces dans les environs ?
            Mr. FRANKLIN.  Je n’en doute pas, grâce à ce que nous avons appris du témoignage donné devant vous. Comme je dis, je n’ai pas eu de conversation à ce sujet avec aucun des officiers et hommes. Je n’ai pas eu de conversation avec eux à ce sujet.
            Sénateur BOURNE. Est-ce que vous ou vos associés êtes parvenus à des conclusions sur les améliorations qui pourraient être apportées à la loi qui minimiseraient le risque de répétition d’une catastrophe de cette sorte ?
            Mr. FRANKLIN.  Non, monsieur : car comme je vous l’ai tout juste dit, nous n’avons pas eu le temps de discuter pleinement de cela.
            Sénateur BOURNE. Vous n’avez pas eu le temps ?
            Mr. FRANKLIN.  Nous n’avons pas eu le temps de le faire. Nous ne pouvons que dire cela, que tout ce que nous avons est à disposition, et que nous vous donnerons toute l’aide que nous pourrons, de toute manière possible. S’il y a des suggestions que nous pouvons faire, ou toute question au sujet de laquelle vous désirez notre avis, ou quoi que ce soit de ce genre, nous ferons en sorte que nos experts vous le donnent. Nous ne sommes pas experts nous-mêmes. C’est ce que je voudrais que vous compreniez.
            Sénateur BOURNE. La seule conclusion que vous avez tirée est qu’il est impossible de construire un navire insubmersible ?
            Mr. FRANKLIN.  C’est ce qu’on dirait, à ce jour, vu cette expérience. Si vous me l’aviez demandé il y a une semaine, j’aurais répondu que non. J’aurais dit que nous les avions.
            Sénateur BOURNE.  Vous avez donné les coûts minimums d’un voyage en première, deuxième et troisième classe sur le Titanic. Quels sont les tarifs maximums ?
            Mr. FRANKLIN.  Cela pourrait monter indéfiniment. Cela dépend des circonstances et conditions.
            Sénateur BOURNE.  Cela dépend de l’ameublement des cabines, je suppose ?
            Mr. FRANKLIN.  Un homme peut vouloir une chambre et une salle de bains et un salon pour lui et son valet. Un autre peut venir et dire : « Je veux ces deux chambres et une salle de bains et un salon, et je veux mettre cinq personnes dedans ou quatre personnes dedans. » Chaque cabine a deux lits simples. C’est entièrement une question de goût de chacun, et quels sont ses besoins, et quelles dispositions il veut en termes de place.
            Sénateur BOURNE.  Et le pouvoir d’achat serait aussi un facteur ?
            Mr. FRANKLIN.  Nous ne pouvons déterminer ça. Nous aimerions avoir tout ce que nous pouvons, bien sûr.
            Sénateur SMITH.  Avant que vous ne quittiez la barre, Mr. Franklin, êtes-vous en mesure de nous dire si le navire était équipé de projecteurs de recherche ?
            Mr. FRANKLIN.  Je ne pense pas. Je n’ai jamais entendu dire qu’il était équipé de projecteurs de recherche.
            Sénateur SMITH.  Est-il habituel d’équiper vos navires de projecteurs de recherche ?
            Mr. FRANKLIN.  Je n’ai jamais entendu parler d’un paquebot transatlantique équipé d’un projecteur de recherche.
            Sénateur, avez-vous dégagé autant d’informations que vous le vouliez concernant cette question du Cedric ? Beaucoup a été dit à ce sujet, et je pense qu’une terrible erreur a été faite, une affreuse erreur a été faite ici ; et je voudrais la clarifier si vous voulez bien y aller plus en profondeur.
            Sénateur SMITH.  Maintenant ?
            Mr. FRANKLIN.  Si vous voulez bien ; oui.
            Sénateur SMITH.  Nous nous y attaquerons après le déjeuner, ou maintenant.
            Sénateur BOURNE.  Je suggère que ce monsieur traite la question par sa propre déclaration, établissant ce qu’il juge nécessaire.
            Sénateur SMITH.  Maintenant ?
            Sénateur BOURNE.  Laissons-le établir où se trouve le malentendu et ce qu’il pense nécessaire de rétablir.
            Mr. FRANKLIN.  Des critiques ont été sérieusement faites, disant que ces messages avaient été envoyés clairement dans l’idée de faire partir l’équipage, et de faire aussi partir Mr. Ismay, au vu des informations qui pourraient venir de l’équipage.
            Je veux dire que ce n’était pas l’idée de Mr. Ismay. Tout le monde comprend l’importance de faire partir ces membres d’équipage du pays le plus tôt possible. Nous ne faisons pas partir un autre navire de la White Star pour une autre semaine, mais nous avons changé le planning du Lapland mardi et l’avons envoyé à Plymouth pour récupérer du courrier. Nous pensions pouvoir les faire partir dès samedi.
            Pour autant que Mr. Ismay soit personnellement concerné, il a laissé ses mouvements personnels totalement sous notre responsabilité.
            Pour autant que l’équipage soit concerné, il est du devoir de quiconque est lié aux navires de faire sortir un équipage, dans de telles circonstances, du pays aussi vite que possible. Nous avons toujours essayé de faire cela.
            Sénateur SMITH.  À ce sujet, avez-vous télégraphié à vos bureaux de Londres des ordres concernant l’équipage ?
            Mr. FRANKLIN.  Vous m’avez demandé dans la nuit de samedi de vous obtenir le nom et l’adresse de tous les hommes rentrant sur le Lapland ?
            Sénateur SMITH.  Oui.
            Mr. FRANKLIN.  J’ai dit au directeur de notre département des vapeurs hier matin qu’il s’assure par lui-même qu’il les avait et vous les envoie, ou les câbles, pour qu’on en dispose avant que le navire arrive là-bas. C’est ce que vous désiriez, sénateur ?
            Sénateur SMITH.  C’est ce que je veux dans le procès-verbal.
            Je voudrais aussi que le procès-verbal contienne mention de votre offre de mettre à disposition du comité tout officier survivant, tout officier ou membre d’équipage que nous souhaiterions examiner.
            Mr. FRANKLIN.  Nous vous assurons que nous vous donnerons toute information que vous désirez, et que nous ferons en sorte que quiconque est sous notre responsabilité que vous désirerez faire comparaître comparaisse.
            Sénateur SMITH.  C’est ce que j’ai compris.
            Mr. FRANKLIN.  Si ce n’est pas aussi fort que vous le voulez –
            Sénateur BOURNE.  C’est une offre volontaire de la part de votre compagnie ?
            Mr. FRANKLIN.  Nous avons fait cette offre au sénateur Smith dès que nous l’avons vu sur la passerelle d’embarquement du Carpathia. Du mieux de ce que je sais et crois, je vous ai dit que nous coopérerions avec vous par tous les moyens, et serions très heureux de faire apparaître devant vous quiconque vous souhaiteriez voir.
            Sénateur SMITH.  Donc il n’y a pas eu de tentative de votre compagnie, ou d’un cadre ou subordonné de votre compagnie, d’écarter d’ici un membre de l’équipage ou officier survivant du Titanic ?
            Mr. FRANKLIN.  De ce que j’en sais et crois, non.
            Sénateur SMITH.  Je pense que vous feriez mieux de dire pour le procès-verbal votre raison de vouloir faire partir ces hommes du pays.
            Mr. FRANKLIN.  Des hommes qui arrivent dans ces circonstances extraordinaires, qui ne sont pas dans les registres, sont très difficiles à contrôler, par moment, parce que beaucoup de monde leur court après pour leur histoire, et leurs font des cadeaux, et les emmènent dans la rue. Ils errent, et ont des ennuis sans fin ; et ils ne sont pas aussi contrôlables que des marins et chauffeurs ordinaires quand leur navire est à quai sous le commandement d’un officier et tout ce qui s’en suit. Il est du devoir de chaque armateur ou représentant de l’armateur d’un navire, dans de telles circonstances, d’écarter ces hommes de ces tentations, et de les renvoyer à leurs foyers et familles, où ils peuvent à nouveau repartir et signer sur un nouveau navire, et reprendre la mer.
            Sénateur SMITH.  Est-ce le seul motif pour lequel vous vouliez les faire sortir du pays ?
            Mr. FRANKLIN.  C’est le seul motif que j’avais. Je n’ai jamais pensé quoi que ce soit à propos de quoi que ce soit d’autre.
            Sénateur BOURNE.  Dans un cas comme celui-ci, si vous avez un sister-ship, ou un navire de la même compagnie, il est utilisé comme foyer pour vos employés, et comme moyen de les transporter jusque chez eux ?
            Mr. FRANKLIN.  Oui. Et aussi vite que nous pouvons les ramener.
            Sénateur BOURNE.  C’est pour ainsi dire l’habitude ?
            Mr. FRANKLIN.  Oui. Si nous avons un vapeur qui vient de Méditerranée, et que nous n’avons pas besoin de l’équipage, nous les renvoyons par une autre compagnie, où les envoyons à Boston et les faisons partir. Nous ne voulons pas les avoir une minute de plus que nécessaire.
            Sénateur SMITH.  Pour autant que vous le sachiez, est-ce que ces hommes survivants du Titanic seront à nouveau employés par votre compagnie ?
            Mr. FRANKLIN.  Ils seront certainement remployés s’ils se présentent pour le service.
            Sénateur SMITH.  Sont-ils toujours à votre service ?
            Mr. FRANKLIN.  Non, monsieur, techniquement parlant, ils ne le sont pas, pour la raison qu’au moment où un navire sombre, le salaire des hommes s’arrête. Mais, bien entendu, nous nous occupons d’eux.
            Il y a une autre chose que je voudrais dire, et c’est celle-ci : je pense que vous, messieurs, réaliserez que, dans les conditions de ce drame terrifiant, aucun homme de l’équipage ne pourrait raconter une histoire qui nous fasse du mal. Ici sont présents tous les passagers, et tous les autres, qui étaient ici, et quelle différence pourraient nous faire les déclarations de l’équipage ? La pire chose qu’ils pourraient dire ne pourrait pas résoudre la question, ou l’aider, d’une quelconque manière ou forme.
            Sénateur SMITH.  Vous considérez que tout ce qu’ils pourraient dire serait simplement cumulatif ?
            Mr. FRANKLIN.  Oui ; pour autant que je suis personnellement concerné, je peux dire que je ne me souciais pas le moins du monde de ce que les membres de l’équipage disaient.
            Sénateur FLETCHER.  Vous dites que dès que le navire a sombré, le salaire des hommes s’est arrêté, mais que vous vous êtes occupés d’eux. N’y a-t-il pas une loi anglaise qui leur donne une contrepartie, et leur fournit un salaire pour environ une semaine dans de telles circonstances ?
            Mr. FRANKLIN.  Je ne suis pas certain de cela sans vérifier. Nous devons les rapatrier et faire toutes ces choses. Ils devraient aller voir le consul britannique à ce sujet, je ne pourrais vous donner toutes les ramifications à ce sujet. Les articles ne sont plus valables quand le navire sombre.
            Sénateur SMITH.  Je vous demanderai de vous tenir prêt à reprendre la barre après la pause, Mr. Franklin. Nous allons maintenant prendre une pause jusqu’à trois heures.
            Sur ce, à 13 h 30, une pause a été prise jusqu’à 15 heures.

Session de l’Après-Midi.

     Le comité s’est réuni, à la suite de la pause, à 15 h 15, sous la présidence de l’Hon. William Alden Smith (président).

Témoignage de Mr. Philip A. S. Franklin (Repris).

            Le Président.  Mr. Franklin, voulez-vous avoir la gentillesse de revenir à la barre ?
            Sénateur Bourne, avez-vous terminé ?
            Sénateur BOURNE.  Oui.
            Sénateur BURTON.  Mr. Franklin, le Titanic était divisé en 15 compartiments par des partitions transversales, si je comprends bien ?
            Mr. FRANKLIN.  C’est vrai.
            Sénateur BURTON.  Y a-t-il un moyen de dire combien de ces différents compartiments étanches ont été ouverts par cette collision, ou quelle est votre meilleure estimation, si vous n’avez pas moyen de le dire ?
            Mr. FRANKLIN.  Je ne pense pas qu’il y ait moyen de le dire, à partir de tout ce que j’ai entendu. Vous trouverez peut-être, en interrogeant les officiers – vous aurez peut-être des informations sur ce sujet, mais j’en doute ; et pour autant que je sois concerné, je ne pense pas qu’on puisse l’estimer. Je pense – c’est une supposition – cinq ou six.
            Sénateur BURTON.  C’est votre meilleure estimation ?
            Mr. FRANKLIN.  Nous pouvons vous montrer le plan général de l’Olympic qui vous montrerait ces compartiments.
            Sénateur BURTON.  Mr. Franklin, vous avez été cité dans les journaux de lundi après-midi disant qu’il y avait à bord du Titanic des canots en nombre suffisant pour embarquer tous les passagers et membres d’équipage à bord – avez-vous fait une telle déclaration ?
            Mr. FRANKLIN.  Je ne me souviens pas avoir fait une déclaration de ce genre, car je ne pense pas que quiconque ait pensé qu’il y avait assez de canots pour déplacer en même temps tous les occupants du navire, passagers et équipage, pour tous les abriter. Voici les différents compartiments [montre sur le plan]. Voici le plan du navire, montrant les divers compartiments. Combien d’entre eux ont été endommagés et combien ont immédiatement pris l’eau, il m’est impossible de vous donner la moindre information à ce sujet. Tout ce que je pourrais vous dire ne serait qu’une supposition.
            Sénateur BURTON.  C’est tout, Monsieur le Président.
            Sénateur FLETCHER.  J’ai juste quelques questions. Quand a été organisée l’International Mercantile Marine Co. ?
            Mr. FRANKLIN.  En 1902, monsieur.
            Sénateur FLETCHER.  Une entreprise étrangère ?
            Mr. FRANKLIN.  L’International Mercantile Marine Co. est une entreprise du New Jersey.
            Sénateur FLETCHER.  Ainsi, vous avez tenu la position de vice-président depuis qu’elle a été créée ?
            Mr. FRANKLIN.  Pas immédiatement. Dans mes souvenirs c’est six ou sept mois après la fin de la mise en place.
            Sénateur FLETCHER.  Avant cela, vous aviez un lien avec des affaires maritimes ?
            Mr. FRANKLIN.  J’étais lié à l’Atlantic Transport Line, qui est une société-fille de l’International Mercantile Marine Co.
            Sénateur FLETCHER.  Votre position est le plus haut poste dans cette société en Amérique ?
            Mr. FRANKLIN.  En Amérique ; oui, monsieur.
            Sénateur FLETCHER.  La position officielle de Mr. Ismay, quelle est-elle ?
            Mr. FRANKLIN.  Il est président de la société.
            Sénateur FLETCHER.  Il est également directeur exécutif de la White Star Line ?
            Mr. FRANKLIN.  De l’Oceanic Steam Navigation Co., qui est la White Star Line.
            Sénateur FLETCHER.  Cette position de directeur exécutif combine globalement à la fois les fonctions de président et de directeur général d’une entreprise, n’est-ce pas ?
            Mr. FRANKLIN.  Oui, monsieur ; il est à la tête de cette entreprise, absolument.
            Sénateur FLETCHER.  Donc il était le plus haut cadre de l’entreprise à bord du Titanic au moment où il a coulé ?
            Mr. FRANKLIN.  C’est vrai, monsieur.
            Sénateur FLETCHER.  Saviez-vous quand il était prévu que le Titanic arrive à New York ?
            Mr. FRANKLIN.  Je n’en avais pas la moindre idée. Je n’avais jamais eu d’information sur quand le Titanic était supposé arriver à New York.
            Sénateur FLETCHER.  Votre bureau n’a pas eu de communication, alors, au sujet du moment où l’arrivée du Titanic était attendue.
            Mr. FRANKLIN.  Non, monsieur.
            Sénateur FLETCHER.  Vous n’avez rien entendu non plus de Belfast ou de Southampton ?
            Mr. FRANKLIN.  De personne.
            Sénateur FLETCHER.  Savez-vous si, oui ou non, le Titanic a fait des rapports de temps en temps durant l’avancée du voyage à Southampton ou Belfast ?
            Mr. FRANKLIN.  Cela, je ne pourrais vous le dire. Je n’aurais pas eu connaissance de cela, de toute manière.
            Sénateur FLETCHER.  Ce serait habituel ?
            Mr. FRANKLIN.  Il peut faire un rapport le premier jour en partant de Southampton ou Liverpool, juste dire où il est, pour la forme.
            Sénateur FLETCHER.  Savez-vous si l’Olympic, par exemple, fait des rapports sur un voyage de ce genre ?
            Mr. FRANKLIN.  En règle générale les navires ne font pas de rapport à part quand ils sont en train d’arriver. Une fois qu’ils ont quitté le port, en règle générale, ils ne font pas d’autres rapports. C’est seulement dans le but de prévenir les amis des passagers, et ainsi de suite, concernant l’arrivée du navire quand elle a lieu.
            Sénateur FLETCHER.  Savez-vous pourquoi la communication qui a été envoyée à Cape Race l’a été là-bas plutôt que directement à votre bureau de New York ?
            Mr. FRANKLIN.  Pendant longtemps ces communications ont été envoyées aux compagnies de télégraphe elles-mêmes avec l’idée que c’était le moyen le plus rapide d’envoyer des informations à ceux qu’elles concernaient, et de les rapporter aux journaux et aux échanges maritimes, et ainsi de suite. Un peu plus tard nous recevons l’information ; quand le navire approche Nantucket, dans notre discussion, ou Siasconsett. Nous pouvons alors recevoir nous-mêmes un télégramme du capitaine disant qu’il est à telle ou telle position et s’attend à arriver à Sandy Hook à telle ou telle heure, pour que nous puissions nous arranger pour les recevoir à quai et le notifier aux amis des passagers. C’est une pure question de forme ; c’est des affaires de routine.
            Sénateur FLETCHER.  Comme je le comprends, environ 20 minutes avant deux heures lundi matin, un journaliste vous a téléphoné, et a dit qu’ils avaient entendu que le Titanic coulait, et que ça venait du vapeur Virginian – cette information ?
            Mr. FRANKLIN.  Cela m’a été rapporté à ce moment.
            Sénateur FLETCHER.  Via Montréal ?
            Mr. FRANKLIN.  C’est ce qui m’a été rapporté.
            Sénateur FLETCHER.  Pouvez-vous vous souvenir combien de temps c’était avant que vous ayez confirmation de ce rapport ?
            Mr. FRANKLIN.  Comme je l’ai dit, j’ai immédiatement eu le quai. Ensuite j’ai aussitôt eu l’Associated Press, qui a confirmé le rapport. Ensuite j’ai eu Montréal au téléphone, et je dirais qu’en une heure, ou probablement trois quarts d’heure, ils ont confirmé cette information par téléphone.
            Sénateur FLETCHER.  À quelle compagnie appartenait l’Olympic ?
            Mr. FRANKLIN.  L’Olympic appartenait à la White Star Line.
            Sénateur FLETCHER.  Et le Virginian ?
            Mr. FRANKLIN.  Le Virginian appartient à l’Allen Line.
            Sénateur FLETCHER.  C’est une compagnie concurrente ?
            Mr. FRANKLIN.  C’est une compagnie concurrente. Quand je dis « une compagnie concurrente », toutes les compagnies transatlantiques sont plus ou moins concurrentes, mais c’est une compagnie qui opère entre le Canada et l’Angleterre, de façon générale. Certains vapeurs vont à Boston.
            Sénateur FLETCHER.  Et le Baltic ?
            Mr. FRANKLIN.  Le Baltic est un vapeur appartenant à la White Star Line, la même compagnie. Le Baltic allait vers l’est et avait dépassé les lieux du drame.
            Sénateur FLETCHER.  Vous avez parlé de votre superintendant de marine ce matin, mais vous n’avez pas donné son nom ou son adresse. Pouvez-vous le faire ?
            Mr. FRANKLIN.  C’était en lien avec l’inspection du Board of Trade, et le superintendant, qui aurait été en charge de l’inspection du navire par le Board of Trade, serait l’homme basé à Southampton. Son nom est Capitaine Steele.
            Sénateur FLETCHER.  Le siège social de la White Star Line est où ?
            Mr. FRANKLIN.  À Liverpool.
            Sénateur FLETCHER.  Le Titanic était immatriculé où ?
            Mr. FRANKLIN.  Je pense qu’il était immatriculé à Liverpool.
            Sénateur FLETCHER.  C’est tout.
            Sénateur NEWLANDS.  Mr. Franklin ; comment peut-on comparer la vitesse du Titanic avec celle du Lusitania et du Mauretania ?
            Mr. FRANKLIN.  La vitesse du Titanic, de ce que j’ai compris de son fonctionnement, était de 3 à 4 miles de moins que la vitesse du Mauretania et du Lusitania ?
            Sénateur NEWLANDS.  Moins que la vitesse maximum ?
            Mr. FRANKLIN.  Moins que sur certains de leurs voyages moyens, de ce que j’ai compris, et personne n’a jamais pensé que le Titanic pourrait espérer égaler la vitesse du Mauretania et du Lusitania ; personne ne l’a jamais voulu.
            Sénateur NEWLANDS.  Il n’a jamais été poussé à sa vitesse maximale à cette occasion ?
            Mr. FRANKLIN.  Pour ce que j’ai compris il n’a jamais été poussé à sa vitesse maximale.
            Sénateur NEWLANDS.  Quelle est la vitesse habituelle pour ces navires rapides quand ils traversent du brouillard ?
            Mr. FRANKLIN.  Cela relève totalement du contrôle et de la juridiction du capitaine, et c’est l’opinion d’un homme contre celle d’un autre. C’est ce que le capitaine du navire juge être une vitesse prudente, en considérant la densité du brouillard, et ainsi de suite, et tout ce qu’il a pour se faire une idée.
            Sénateur NEWLANDS.  Aucune règle en la matière n’est établie par les compagnies maritimes ?
            Mr. FRANKLIN.  Si ; les compagnies maritimes ont des règles très strictes. Je pense que le plus judicieux à faire est de lire la règle de la White Star concernant ce genre de point.
            Sénateur NEWLANDS.  Avez-vous des règles couvrant la question de la glace comme du brouillard ?
            Mr. FRANKLIN.  Cela concerne tout ce qu’un commandant peut penser de quelque manière dangereux. C’est une règle générale.
            Sénateur NEWLANDS.  Lisez la règle.
            Mr. FRANKLIN.  C’est la règle 101, selon Mr. Burlingham. Elle dit ce qui suit :

Les  commandants doivent clairement comprendre que la production de ces réglementations ne les relève pas, en aucune manière, de leur responsabilité pour la sécurité et l’efficacité de la navigation de leurs navires respectifs, et ils sont aussi incités à se souvenir qu’ils ne doivent prendre aucun risque qui pourrait d’une manière ou l’autre aboutir à un accident de leur navire. Il est espéré qu’ils garderont toujours à l’esprit que la sécurité des vies et biens mis avec confiance entre leurs mains est le principe directeur qui doit les guider dans la navigation de leur navire et qu’aucune supposée économie ou gain de temps dans leur voyage ne doit être obtenue au risque d’accident. La compagnie désire conserver pour ses navires une réputation de sécurité et ne recherche la vitesse pour ses divers voyages que si elle est compatible avec une navigation sûre et prudente. Les commandants se voient rappeler que les navires sont en grande partie non-assurés et que leur seul revenu, ainsi que celui de la compagnie, dépend de leur immunité face aux accidents. Aucune précaution qui permette une navigation sûre ne doit être considérée comme excessive.

            En plus de cela, je voudrais dire que je ne crois pas qu’il y ait une compagnie traversant l’Atlantique qui supporte une aussi large proportion de ses propres assurances que les compagnies filles de l’International Mercantile Marine Co.
            Sénateur NEWLANDS.  Il n’est pas inhabituel d’avoir du brouillard pour la plus grande part du voyage sur l’océan, n’est-ce pas ?
            Mr. FRANKLIN.  Eh bien, je dirais que ce serait très inhabituel d’en avoir sur la plus grande part du voyage. Ils pourraient en avoir un jour ou deux.
            Sénateur NEWLANDS.  Un jour ou deux ?
            Mr. FRANKLIN.  Quelque chose comme ça, ou peut-être plus longtemps.
            Sénateur NEWLANDS.  Savez-vous quelle est la pratique habituelle pour ces navires rapides quand ils traversent du brouillard ?
            Mr. FRANKLIN.  Encore une fois, la seule chose que je peux dire est que cela dépend du commandant ; cela dépend de l’homme lui-même et de l’état du brouillard. Je n’ai pas du tout d’information précise à ce sujet. Ce n’est pas une question qui relève de notre responsabilité, ou une question que nous, qui ne sommes pas chargés des opérations, examinons en détail. Mais ils prennent toutes les précautions possibles qu’ils jugent nécessaires, et aucun de nos commandants, j’en suis certain, par toutes les conversations et autres que j’ai eu avec eux, n’a jamais cru que la compagnie voulait établir des records.
            Sénateur NEWLANDS.  Quel est votre point de vue, par votre expérience, sur ces voyages sur l’océan ; n’est-ce pas un fait que sur ces navires rapides chaque voyage dans le brouillard implique un risque considérable ?
            Mr. FRANKLIN.  Bien entendu il n’y a aucun doute que quand vous vous trouvez dans du brouillard vous prenez plus ou moins un risque – du brouillard ou du blizzard – mais dans tous les cas, avec les routes maritimes qui sont utilisées, avec tous les navires allant dans le même sens utilisant une route et tous les navires venant dans l’autre sens en utilisant une autre, et avec la télégraphie sans fil indiquant précisément où se trouvent en mer les plus gros navires, ce risque a été réduit.
            Sénateur NEWLANDS.  Les dangers qui peuvent être rencontrés sont le risque de collision et le danger représenté par les icebergs ?
            Mr. FRANKLIN.  Le risque de collision et le danger représenté par les icebergs.
            Sénateur NEWLANDS.  Le danger représenté par les icebergs, bien entendu, est la situation la moins fréquente ?
            Mr. FRANKLIN.  La moins fréquente et bien entendu il est difficile de parler de cela, car vous pouvez avoir un voilier ou quelque chose de ce genre qui traverse la route.
            Sénateur SMITH.  Ce matin vous avez parlé de la firme Ismay & Imrie. Savez-vous ce qu’est cette firme ?
            Mr. FRANKLIN.  C’était la société gérant la White Star Line, et quand les affaires de la White Star Line ont été rachetées, l’entreprise de Messrs. Ismay & Imrie comme gestionnaires a aussi été inclue dans la vente, et maintenant vous pouvez en parler comme d’une marque plus qu’autre chose. C’est une coquille vide dans son état actuel.
            Sénateur SMITH.  Ce n’est pas une entreprise ?
            Mr. FRANKLIN.  Je ne pense pas ; je pense que c’est une firme, un partenariat.
            Sénateur SMITH.  Quelle était leur activité ?
            Mr. FRANKLIN.  Ils étaient agents et gestionnaires de la White Star Line.
            Sénateur BOURNE.  Est-ce que la White Star Line a un jour été une entreprise, ou cela n’a jamais été qu’un nom, une désignation ?
            Mr. FRANKLIN.  La White Star Line peut sous cet aspect être comparée à la Pennsylvania Railroad. La Pennsylvania Railroad n’est rien d’autre qu’une marque –
            Sénateur BOURNE.  Et la White Star n’est qu’une marque ?
            Mr. FRANKLIN.  Une marque ; oui.
            Sénateur BOURNE.  Vous avez mentionné une route vers l’est et une route vers l’ouest pour les navires allant à l’est et à l’ouest ?
            Mr. FRANKLIN.  Je l’ai fait.
            Sénateur BOURNE.  Quelle est, en miles, la largeur de ces routes ?
            Mr. FRANKLIN.  La distance entre elles ?
            Sénateur BOURNE.  Oui.
            Mr. FRANKLIN.  Je pense que c’est environ 60 miles.
            Sénateur BOURNE.  Soixante miles de largeur sont attribuées à chaque route ?
            Mr. FRANKLIN.  Les routes sont séparées de 60 miles, et vous êtes supposés rester sur la route.
            Sénateur BOURNE.  C’est l’objet d’un accord entre les différentes compagnies ?
            Mr. FRANKLIN.  C’est une question qui a été soumise à tous les experts de toutes les différentes compagnies, considérée par toutes les différentes compagnies, et sur lesquelles on s’est accordés après avoir reçu les meilleurs conseils possibles sur la situation.
            Sénateur BOURNE.  Et le Titanic était sur sa propre route ?
            Mr. FRANKLIN.  Le Titanic était sur sa propre route, et le capitaine du Carpathia a témoigné que le Titanic était à l’emplacement exact où il aurait dû être sur la route.
            Sénateur BOURNE.  Est-ce qu’aucun transatlantique ne porte un projecteur de recherche ?
            Mr. FRANKLIN.  Je n’en ai jamais entendu parler.
            Sénateur BOURNE.  Ne pensez-vous pas que ce serait une amélioration s’ils en avaient, au vu de l’expérience qu’ils ont vécue ?
            Mr. FRANKLIN.  Eh bien je ne sais pas. Si cela dépendait de moi, je prendrais plutôt conseil auprès des techniciens ; je demanderais plutôt aux superintendants de marine et aux capitaines. Je ne sais pas de façon juste où ils pourraient être placés avantageusement. L’idée est toujours de ne pas avoir une lumière illuminant l’avant, car nous avons sur chaque navire, et ce navire avait, trois officiers sur la passerelle, chacun d’entre eux ayant un brevet d’officier, un brevet de capitaine.
            Sénateur BOURNE.  Ils ne pourraient pas percer l’obscurité du brouillard.
            Mr. FRANKLIN.  Je dis qu’il faudrait faire attention à où placer une telle lumière, pour qu’elle n’empêche pas les officiers de quart de voir devant. C’est une question qui mérite enquête et des praticiens pourraient vous donner ces informations.
            Sénateur BOURNE.  Le navire allait à 21 nœuds à ce moment ?
            Mr. FRANKLIN.  Tout ce que je sais de cela est ce que j’ai entendu. Je n’ai pas d’information du tout là-dessus.
            Sénateur BOURNE.  En allant à une telle vitesse, ont-ils des études sur le temps requis pour s’arrêter ?
            Mr. FRANKLIN.  Ils en ont.
            Sénateur BOURNE.  Sur quelle distance pourrait-il s’arrêter ?
            Mr. FRANKLIN.  Je ne pourrais vous le dire, mais les constructeurs pourront vous donner tout ça.
            Sénateur SMITH.  En répondant ce matin à mon enquête sur les communications télégraphiques et radio entre vous-même et les officiers de votre navire et les officiers d’autres navires et les passagers et membres d’équipage d’autres navires, votre réponse incluait-elle tous les messages par câble ainsi que les câblegrammes et les messages radio ?
            Mr. FRANKLIN.  Nous n’avons pas envoyé de message par câble demandant des informations ou quoi que ce soit de ce genre, concernant la position du navire ou quiconque sur quelque navire.
            Sénateur SMITH.  En avez-vous envoyé concernant cette question en général ?
            Mr. FRANKLIN.  Oui, monsieur.
            Sénateur SMITH.  À qui ?
            Mr. FRANKLIN.  Liverpool ; nous leur avons envoyés divers câbles.
            Sénateur SMITH.  Et vous en avez des copies ?
            Mr. FRANKLIN.  Oui, monsieur. Je vous les remettrai en bloc ou vous les lirai, selon votre préférence.
            Sénateur SMITH.  Vous pourrez archiver ces messages avec le rapporteur, à moins qu’il y en ait un que vous souhaitiez expliquer.
            Mr. FRANKLIN.  Il n’y a rien là qui ait à être expliqué. Ils les informent juste de ce que nous avions ; c’est vraiment tout. Vous pourriez les parcourir et voir si quelque chose vous frappe.
            Sénateur SMITH.  Sénateur Bourne, voudrez-vous bien examiner ces papiers et voir s’il y a quelque chose d’important dedans [tend les papiers au sénateur Bourne] ? Ce sera tout pour le moment, Mr. Franklin, et vous pouvez vous tenir à la disposition du comité.

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